Catégorie : Réseau

5G : quels seront les impacts environnementaux ?

[article mis à jour le 13 juillet 2020 à 18:27]

Lire la suite de cette analyse ici : 5G : élevons le débat.

Le déploiement de la 5G est un sujet chaud dans l’actualité. Débats, controverses, fake news, arguments plus ou moins sérieux : tout le monde s’en donne à cœur joie. L’occasion de faire un point rapide pour vous briefer sur les impacts environnementaux de la 5G.

C’est quoi la 5G ?

Commençons par rappeler que la 5G est la 5ème génération (5G) de technologie de transmission de données numériques par onde électromagnétique.

Les longueurs d’onde utilisées seront 3,6 GHz pour commencer, puis autour de 26 GHz d’ici quelques années.

Ces ondes « millimétriques » ont une faible portée, notamment en zone dense, qui se compte en centaines de mètres (5G) contre plusieurs kilomètres pour la 2G. Pour couvrir la même surface, il faudra donc nettement plus d’antennes (les fameuses cellules des RBS pour les spécialistes).

La 5G promet 10 à 100 fois plus de débit que la 4G, 10 fois moins de latence (quelques millisecondes contre quelques dizaines de millisecondes pour la 4G), et une plus forte densité d’appareils connectés (jusqu’à 1 million par km2). C’est donc une technologie idéale pour les objets connectés, le streaming vidéo HD dans le TGV et les jeux vidéo en streaming.

Moins de consommation électrique ne signifie pas moins d’impacts environnementaux

Le principal argument environnemental pour justifier le déploiement de la 5G est qu’elle consomme moins d’électricité.

L’électricité n’est pas un indicateur environnemental. On peut avoir peu d’impacts environnementaux en consommant beaucoup d’électricité (3G) si elle est produite à partir d’une énergie primaire peu impactante (barrage sur un fleuve par exemple). Inversement, on peut avoir beaucoup d’impacts environnementaux en consommant peu d’électricité (5G) si elle est produite à partir d’une source impactante (charbon pour les émissions de GES ou photovoltaïque pour l’épuisement des ressources abiotiques par exemple).

Si la réduction de la consommation électrique est intéressante, elle ne se suffit pas à elle-même et ne témoigne pas de gains environnementaux.

Moins de consommation électrique en valeur relative mais plus en valeur absolue

Les « pro » 5G affirment que cette cinquième génération de technologie de transmission de données par onde radio consommera moins d’électricité. C’est vrai. En valeur relative, une cellule 5G consomme moins d’électricité.

Mais comme il faudra plus de cellules pour couvrir la même surface, cela annihile les gains en valeur relative. En effet, plus une fréquence radio est élevée et moins elle porte loin, donc plus il faut d’antennes pour couvrir la même surface.

Sans compter sur l’effet rebond qui va se traduire par une augmentation très significative de la consommation électrique globale (lire plus bas).

Obsolescence programmée

La généralisation de la 5G se traduira inévitablement par le raccourcissement de la durée de vie des smartphones 2G / 3G et 4G. Des dizaines de millions d’utilisateurs  en France, et des milliards dans le monde, se laisseront tenter par un « smartphone 5G à 1 euros contre réengagement 24 mois ». C’est un fait qui se confirme à chaque nouveau saut technologique : TNT vers TNT HD, 2G vers 3G, 3G vers 4G, ADSL vers fibre, TV HD vers 4K, etc.

La 5G va donc contribuer à déclencher l’obsolescence prématurée de dizaines de millions de smartphones, juste pour la France.

Effet rebond

La 5G est un enabler . Associé au protocole IPv6, cette technologie rend possible le déploiement massif de dizaines de milliards d’objets connectés. La 5G contribue donc, indirectement mais sûrement, à l’augmentation considérable de notre empreinte numérique.

Pour rappel, au rythme actuel et du fait de leur nombre, selon notre étude EENM, les objets connectés seront la principale source d’impacts environnementaux liés au numérique en 2025 à l’échelle mondiale.

La 5G permet également de vendre de nouveaux usages multimédia en situation de mobilité qui n’existaient pas avant ou n’étaient pas possibles : vidéo HD en streaming,  jeu vidéo en streaming, etc.

Via un design addictif, ces centaines de milliards de nouvelles heures d’utilisation deviendront de nouveaux besoins incontournables pour toute une génération.

Rajouter des dizaines ou des centaines de milliards d’heures d’usages numériques supplémentaire ne peut qu’ajouter une masse considérable d’impacts environnementaux.

La 5G pour remplacer les réseaux filaires

Même si l’industrie s’en défend, on peut se poser la question de la cannibalisation des réseaux filaires – DSL, câble et fibre – par le réseau par ondes radios, donc la 5G. Quel intérêt pour un opérateur de creuser des tranchées dans toutes la France alors qu’il suffit de déposer des antennes sur des toits pour apporter partout, et même dans les zones blanches, plus de débit qu’en ADSL ?

Il y a fort à parier qu’à terme, les opérateurs pousseront fortement leurs clients à opter pour des forfait 5G couvrant les usages « à la maison ». Il faudrait alors chiffrer précisément les impacts évités par la suppression du réseau filaire sur la boucle locale et ceux ajoutés par la multiplication des antennes 5G.

En l’état actuel de nos connaissances, le coût environnemental de la 4G est jusqu’à 20 fois plus élevé que celui de l’ADSL ou de la fibre.

Ecoconcevoir pour éviter la 5G

D’un point de vue technique, hors usages multimédia et objets connectés, le déploiement de la 5G ne se justifie pas.

D’une part la 4G répond aux attentes des utilisateurs en terme de débit pour les usages numériques de la vie courante.

D’autre part, pour les usages numériques courants, la 5G est à une fuite en avant qui se justifie uniquement parce que nous n’écoconcevons pas nos services numériques. Cela revient exactement au même que de construire de nouvelles autoroutes sur lesquelles on continue à rouler seul dans des voitures 5 places. L’enjeu, c’est de remplir les voitures, pas de fabriquer de nouvelles autoroutes…

L’écoconception des services numériques réduit considérablement le besoin en bande passante pour réaliser chacun de nos usages numériques. Des retours d’expérience concrets montrent qu’en écoconcevant un site web, on peut adresser jusqu’à 1000 fois plus d’utilisateurs avec la 4G actuelle. Autrement dit, l’écoconception permet de faire passer 1000 fois plus d’usages numériques dans les tuyaux existants.

Plutôt que de déployer une nouvelle technologie à l’échelle de la planète, il est donc urgent de mieux concevoir et réaliser les services numériques connectés. Et de se poser la question : « le numérique pour quoi faire ? ». Car rappelons nous que cette ressources s’épuise inéluctablement et à grande vitesse.

Pour aller plus loin dans votre réflexion, vous pouvez consulter cette controverse de la 5G.

Lire la suite de cette analyse ici : 5G : élevons le débat.

Source : GreenIT.fr

Frédéric Bordage

Expert en green IT, sobriété numérique, et numérique responsable, j'ai créé la communauté GreenIT.fr en 2004. Je conseille des organisations privées et publiques, et anime GreenIT.fr et le Collectif Conception Numérique Responsable (@CNumR).

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