Catégorie : Energie

Numérique : 60 % de l’énergie finale en 2025 ?

En ce début fin d’année 2018, des lobbyistes agitent en France des chiffres catastrophistes sur la consommation électrique du numérique. Ils espèrent ainsi orienter la politique de la France, et surtout les financements publics qui vont avec, pour financer leur R&D. On m’a récemment présenté une « étude » qui indique que si rien n’est fait pour infléchir la tendance, en 2025 « les TIC pourraient consommer 60 % de toute l’énergie consommée par l’humanité ».

60 % . Vraiment ? Ce chiffre est évidemment hors de toute proportion. Démonstration.

Multiplier par 6 la capacité de production et de distribution d’électricité, à l’échelle mondiale

Dans l’annonce alarmiste de l’IEEE, aucune étude n’est citée comme source. On ne sait donc pas si l’étude est réalisée en cycle de vie complet ou pas. En toute logique, le terme « consomme » se réfère à la « consommation électrique sur la phase d’utilisation ». On considérera donc que le chiffre annoncé, « 60 % de la consommation d’énergie de l’humanité » indique que la consommation électrique des équipements numériques représentera 60 % de la consommation finale d’énergie de l’humanité en 2025.

Pour rappel,

en 2016, à l’échelle mondiale, tous usages et secteurs d’activité confondus, l’électricité représente 9 % de l’énergie finale consommée par l’humanité.

Pour que le numérique représente 60 % de l’énergie finale consommée par l’humanité en 2025, même sans aucune augmentation de la consommation d’énergie finale pendant les 10 ans à venir, il faudrait donc

  • multiplier par 6 la capacité de production et de distribution d’électricité, à l’échelle mondiale, en moins de 10 ans ;
  • réserver 100 % de l’électricité produite au numérique, plutôt que pour les usages actuellement les plus énergivores : industrie lourde, transport (TGV par exemple), chauffage et production d’eau chaude chez les particuliers, etc.

C’est évidemment impossible.

La consommation électrique du numérique se stabilise

Les études sérieuses et indépendantes montrent que, dans les pays développés, la consommation électrique du numérique se stabilise progressivement, ou ne croit plus que légèrement, malgré l’augmentation continue des usages.

Les gains en terme d’efficience énergétique compensent l’augmentation du nombre de terminaux. C’est la fameuse loi de Koomey : « le nombre de traitements par joule double tous les deux ans ». Cette tendance se vérifie, aux Etats-Unis par exemple. La consommation électrique des centres de données y a atteint un plateau. Par ailleurs, le taux d’équipement commence à plafonner.

Evidemment, l’équipement progressif des pays émergents fera un peu augmenter la facture à l’échelle mondiale. Mais pas dans des proportions catastrophistes.

Selon l’Agence International de l’Energie (AIE), la consommation totale d’électricité à l’échelle mondiale n’augmenterait que de l’ordre de 15 % sur la période 2015 à 2025.

Selon RTE, en France, la croissance de la consommation d’électricité par le numérique serait inférieure à 2% par an.

 

Numérique : 2 % de l’énergie finale en 2025

Pour conclure, il peut être intéressant de quantifier, rapidement et en grande masse, la consommation électrique mondiale du numérique. En prenant un scénario extrême, l’électricité pourrait représenter 15 % de l’énergie finale en 2025. Dans un pays développé comme la France, le numérique représente environ 13 % de la consommation électrique. Si on considère qu’en 2025 tous les terriens seront autant équipés que les français (ce qui est très exagéré), on arrive à 13 % des usages x 15 % du mix énergie finale = 2 % de l’énergie finale.

En conclusion, en 2025, le numérique devrait représenter de l’ordre de 2 % de la consommation d’énergie mondiale, pas 60 %.

Frédéric Bordage

Expert Green IT et numérique responsable, j'ai créé GreenIT.fr en 2004 et lancé les sujets de l'éco-conception logicielle en 2009, puis de la conception responsable de service numérique en 2013. Je conseille des organisations privées et publiques sur ces sujets. Et anime, en plus de GreenIT.fr, le Club Green IT et le Collectif Numérique Responsable.

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