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Fairphone : « les consommateurs attendent des produits upgradables »

A l’occasion de la conférence « éco-conception matérielle » organisée fin septembre par EcoInfo, nous avons échangé avec Olivier Hebert, CTO de Fairphone sur le bilan environnemental des smartphones et les moyens d’allonger leur durée de vie. Voici une synthèse de notre entretien.

Vous publierez bientôt les résultats d’une analyse de cycle de vie (ACV). Pouvez-vous nous en donner un aperçu ?

Olivier Hebert : Quelle que soit la méthode d’analyse retenue, la phase de production concentre les impacts par rapport à l’utilisation. En effet, le seul impact d’un téléphone lors de son utilisation est sa consommation électrique. Or, un téléphone est un appareil conçu pour consommer très peu d’énergie, soit de l’ordre de 6 kWh par an. Il faut par contre beaucoup d’énergie pour le fabriquer car les procédés de fabrication sont complexes.

On comprend qu’il faut donc allonger la durée de vie des smartphones pour en réduire l’impact environnemental. Comment faire ?

Les clés pour allonger la durée de vie d’un smartphone sont la robustesse, la facilité de maintenance matérielle et logicielle, une couverture fonctionnelle satisfaisante et une bonne performance.

Que proposez-vous concrètement pour faciliter la maintenance de votre smartphone ?

Le Fairphone 2 est le premier smartphone modulaire au monde. Il y a un vrai intérêt des consommateurs pour un produit plus durable que l’on peut réparer et upgrader plus facilement grâce, entre autre, à sa modularité. Cette modularité permet par exemple de mettre à jour la caméra, de changer d’enveloppe externe (i.e. coque) ou d’intégrer des fonctionnalités supplémentaires, mécaniques et / ou électroniques.

Quid d’une durée de garantie plus longue ?

C’est une question compliquée. La garantie du constructeur ne couvre que les défauts de conception et de fabrication qui sont présents lors de l’acquisition de l’appareil par le consommateur. Or, la plupart des mauvais fonctionnements sont occasionnés par des accidents (et des chutes) qui sont habituels pour un appareil qui est manipulé pendant plusieurs heures par jour, et que l’on porte dans nos poches ou sacs. Il devient donc difficile de garantir ce qu’un utilisateur va faire en terme d’usage.

Plutôt que d’allonger la durée de garantie, il faut donc « durcir » les smartphones ?

On peut travailler à rendre les appareils plus robustes et « résilients », mais cela va souvent à l’encontre des désirs de la majorité des consommateurs. Il faut que le consommateur soit capable de faire un compromis. Par exemple, il peut être utile de ne pas essayer d’atteindre une minceur extrême, ou de travailler avec des matériaux qui résistent mieux à l’usage mais qui sont perçus comme moins prestigieux.

Les utilisateurs changent leur smartphone lorsqu’il devient trop lent, notamment quand ils mettent à jour le système d’exploitation. N’y a-t-il pas une piste intéressante de ce côté ? On parle de plus en plus d’écoconception appliquée aux logiciels.

Non. Sur Android, c’est plutôt que les constructeurs (et les fournisseurs de composants) ne fournissent pas de mise à jour du système d’exploitation. Les utilisateurs qui veulent une version à jour et les patches de sécurité qui vont avec doivent acheter un appareil récent. C’est pour cela par exemple que sur le parc d’appareils Android déployés, seul 18% tournent sur la version 6, alors que cela fait plus d’un an qu’elle est disponible. Et Google vient de publier la version 7.

Il suffirait donc de proposer plus de mises à jour pour allonger la durée de vie des smartphones sous Android ?

On peut en effet offrir de la maintenance logicielle à plus long terme, via des mises à jour, tant du côté fonctionnel (e.g. nouvelle version d’Android) que sécuritaire (boucher les failles de sécurité de façon mensuelle), sans oublier les aspects du côté matériel en offrant des pièces de rechange.

Frédéric Bordage

Expert Green IT et numérique responsable, j'ai créé GreenIT.fr en 2004 et lancé le sujet de la conception responsable de service numérique en 2009. Je conseille des organisations privées et publiques sur ces sujets. Et anime le Club Green IT et le Collectif Numérique Responsable

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