Quelle est l’empreinte carbone d’un ordinateur ?

Fujitsu - Esprimo E9900 - empreinte carbone - ordinateur de bureau

Source : Fujitsu, ACV réalisée en 2010

Après neuf mois de travail avec l’institut de recherche Bifa d’Ausbourg, Fujitsu vient de présenter l’empreinte carbone de son ordinateur de bureau Esprimo E9900. Cette étude a été réalisé en respectant les standards internationaux ISO 14040 et ISO 14044 qui définissent la méthodologie à suivre pour réaliser une analyse de cycle de vie (ACV). Les résultat ont été vérifié par un tiers indépendant, l’institut Fraunhofer IZM. On peut donc considérer que ces résultats sont sérieux.

L’Esprimo E9900 est un ordinateur de bureau « standard ». Il est composé d’un processeur, Intel CoreTMi5-670, de 2 x 2 Go DDR3 de mémoire vie, d’un disque dur de 250 Go, d’un lecteur-graveur optique, et d’une carte graphique Nvidia Geforce 9500 GS. Il est certifié EPEAT silver, Energy Star 5.0, Blue Angel et Nordic Swan.

Au total, son empreinte carbone est de 339 kg eq. CO2. Elle se décompose de la façon suivante :
- Fabrication des composants : 302 kg eq. CO2
- Transport : 34 kg eq. CO2
- Assemblage des composants : 3 kg eq. CO2

L’assemblage est réalisé en Europe tandis que la la fabrication des principaux composants électroniques s’effectue en Chine. Certains composants coûteux comme les microprocesseurs sont acheminés par avion tandis que les pièces moins sensibles (boitiers, etc.) arrivent en Europe par bateau. C’est pour cette raison que le coût CO2 du transport est plus élevé que celui de l’assemblage.

Le découpage par composant est le suivant :
1. Carte mère : 90 kg eq. CO2
2. Mémoire : 72 kg eq. CO2
3. Carte graphique : 36 kg eq. CO2
4. Alimentation électrique : 32 kg eq. CO2
5. Autres composants : boitier, câbles, etc. : 72 kg eq. CO2

Pour la phase d’utilisation, Fujitsu a retenu le profile Busy Office d’Energy Star 5.0 for desktop (PDF) avec une durée d’utilisation de 260 jours ouvrés, ce qui donne une consommation annuelle de 113,6 kWh.

L’empreinte carbone de l’utilisation est donc :
- Allemagne : 75 kg eq. CO2 par an
- France : 7 kg eq. CO2 par an (selon le facteur d’émission de l’Ademe)

En France, il faut donc utiliser 48 ans cette unité centrale (écran non inclus) pour émettre autant de gaz à effet de serre que les phases de fabrication, transport et fin de vie réunies ! Les économies d’énergie sur la phase d’utilisation (extinction, mise en veille, etc.) ont donc un effet très faible sur la réduction de l’empreinte carbone comparé à l’allongement de la durée d’utilisation.

Avec l’écran
Pour être complet, il faudrait ajouter un écran. L’Ademe estime que la production d’un écran plat émet 676 kg eq. CO2. Bien que ce chiffre paraisse aujourd’hui très élevé, cela nous permet d’avoir un ordre de grandeur de l’empreinte globale d’un poste de travail récent : 1015 kg eq. CO2 pour un poste de travail complet.

Concernant la phase d’utilisation, Enertech estime que la consommation moyenne d’un écran LCD en France est de 46,5 kWh par an. Encore une fois, ce chiffre est assez élevé, mais c’est un ordre de grandeur réaliste. La consommation moyenne du poste de travail complet Fujitsu Esprimo E9900 + écran plat moyen Enertech sera donc de 160 kWh par an, soit environ 14,4 kg eq. CO2 (0,09 kg eq. CO2 par kWh électrique, source ADEME) pour un an.

Au final, pour émettre autant de gaz à effet de serre que la fabrication d’un poste complet (en Asie), il faudrait l’utiliser 70 ans en France !

Un grand merci à Fujitsu de nous avoir fourni ce document. On attend avec impatience que Dell, HP et Lenovo soient aussi transparents.

Source : extrait d’ACV fourni à GreenIT.fr par Fujitsu.


Commentaires

Le chiffre semble effectivement tout à fait plausible. Apple, souvent critiqué pour sa politique environnementale, est pourtant le seul constructeur à réaliser une ACV pour ses produits. Pour un iMac 21,5 pouces utilisé 4 ans aux USA, l’empreinte carbone est de 1200 kg. Un chiffre finalement assez proche de celui de Fujitsu.

Pierreb (non vérifié) le 10/02/2011

@PierreB : auriez-vous un lien vers cette ACV ?

admin le 10/02/2011

La page générale :
http://www.apple.com/environment/
Celle de l’iMac en question (attention, fichier PDF):
http://images.apple.com/environment/reports/docs/21.5inch_iMac_Product_E…

Pierreb (non vérifié) le 10/02/2011

@PierreB : Merci !

admin le 11/02/2011

Il reste a comparer cela avec l’empreinte carbone du papier et de la quantite de papier que l’ordinateur peut nous sauver. Tout cela en tenant compte du papier supplémentaire généré par l’informatique

Gilles Labrecque (non vérifié) le 24/02/2011

Il serait intéressant d’avoir la même analyse pour un smartphone

arena (non vérifié) le 07/03/2011

@Arena : oui, j’en cherche mais sans succès.

admin le 08/03/2011

L’ADEME fait parfois des calculs sur des bases ne correspondant pas à la réalité, comme lorsque cet organisme évalue le coût écologique d’un courriel en partant du postulat que celui-ci est systématiquement imprimé (ce qui est loin d’être le cas) et d’un poids d’1 Mo, ce qui est énorme (même si le poids moyen des courriels augmente régulièrement avec les pièces jointes, pour l’essentiel des échanges — c’est-à-dire pour plus de 96 % des courriels dans mon propre cas — les messages électroniques font seulement quelques kilo-octets).

Il serait donc intéressant de fournir un lien vers les calculs effectués (ou données utilisées) par cette source (sur les émissions d’un écran plat, notamment, que vous mentionnez dans votre texte).

L’étude de Fujitsu est peut-être sérieuse, mais le document PDF correspondant et placé en lien dans votre texte comporte au moins une coquille et se base sur des valeurs discutables (sur les usages domestiques et professionnels). La coquille se situe à la fin de la page 3 (un “copier-coller” mal modifié en est probablement la cause) dans les calculs basés sur les temps moyens quotidiens des deux types d’usage (domestique et professionnel) pour les trois modes de consommation. Les différentes durées de référence (9 heures en mode “power on”, 2 heures en mode “stand-by”, 13 heures en mode “off / wake on lan”) sont les mêmes dans le détail du calcul pour les deux types d’usage (professionnel et domestique) et sont en contradiction avec les chiffres indiqués dans le tableau qui précède (8 heures, et non pas 9, en mode “power on” pour l’usage professionnel, et seulement 2 heures, et non pas 9, en usage domestique, etc.).

De plus, les valeurs choisies dans ce tableau ne me semblent pas correspondre à la réalité d’usage chez l’utilisateur moyen (je précise que je travaille dans l’informatique depuis plus de deux décennies et ai été amené dans ma vie professionnelle à gérer des parcs informatiques de plusieurs milliers de machines), mais on peut s’interroger sur le sérieux de l’étude quand on voit le joyeux méli-mélo dans le détail des calculs !

Paul Hisson (non vérifié) le 09/07/2011

@Paul Hisson : les émissions retenues pour l’écran plat, sont celles proposées par l’Ademe dans le tableur de sa méthode Bilan Carbone(C). C’est une donnée publique.

Je conviens que 676 kg eq CO2 pour la fabrication d’un écran plat est certainement surestimé. Mais, pour effectuer ce calcul, j’ai cherché à n’utiliser que des chiffres officiels et / ou public. Ceci-dit, cela ne change pas les proportions entre fabrication et usage en France.

admin le 09/07/2011

Dans le “Guide des facteurs d’émissions” (Version 5.0), disponible sur le site de l’ADEME, à la page 184, il est écrit : “En première approximation, et avec un facteur d’incertitude de 30% également, un ordinateur de bureau à écran plat se verra affecté d’un facteur d’émission de 350 kg équivalent carbone.”

Ce rapport date de 2007 et il y a peut-être eu des ajustements depuis, mais les écarts me semblent tout de même bien importants avec ce qui est indiqué ici.

Mais mon propos principal n’est pas là. Le problème, c’est que l’ADEME ne fait pas montre d’une très grande rigueur dans plusieurs de ses études (comme celle exposant le coût écologique d’un courriel, notamment, mentionnée plus tôt).

Ajoutez les coquilles du document PDF de Fujitsu qui est l’une de vos autres sources (je n’ai pas pris le temps de vérifier les autres, mais si elles sont du même acabit, c’est inquiétant !), et vous comprendrez que cela engendre certains doutes chez les lecteurs qui apprécient de trouver un peu de cohérence dans les calculs lorsque des chiffres sont avancés. Sans un minimum de rigueur, tout cela n’a pas grande signification…

Paul Hisson (non vérifié) le 09/07/2011

@Paul Hisson : attention, le guide v5 exprime les facteurs d’émission en eqC alors que nous parlons en eqCO2 dans cet article. Or, 350 eqC x 44/12 = 1283 eqCO2, ce qui, en définitif, n’est pas si éloigné que le chiffre que nous trouvons de 1015 eqCO2.

Pour le calcul explicité dans le PDF, vous avez raison, il y a une erreur dans la formule écrite, mais le calcul en lui même est bon.

Si vous avez des données publiques et plus fiables à nous fournir et que vous pouvez refaire nos calculs pour les valider / affiner : nous sommes preneurs ! :-)

admin le 10/07/2011

Je ne comprends pas, j’ai l’impression que les données sur l’image ne correspondent pas au commentaire de l’article: on ne retrouve pas les 373 kg éq CO2 de la “USE phase” présents sur l’image, qui correspondent à grosso modo a la moitié des impacts
éclairez -moi sur ce point svp

jean (non vérifié) le 10/07/2011

@Jean : les 373 kg eqCO2 de l’image sont pour l’Allemagne dont le mix énergétique est très différent du notre (charbon essentiellement).

C’est pour cette raison que j’ai recalculé les émissions d’eqCO2 en France en utilisant la même méthode que Fujitsu lors de son étude (TEC Energy Star 5.0 for desktop, profil Busy Office).

admin le 11/07/2011

La consommation moyenne du poste de travail complet Fujitsu Esprimo E9900 + écran plat moyen Enertech sera donc de 160 kWh par an, soit environ 14,4 kg eq. CO2 (0,09 kg eq. CO2 par kWh électrique, source ADEME) pour un an.”

Il serait intéressant ici de demander à des sociétés comme 1E ou Avob les vrais chiffres de consommation qu’ils ont pu constater. Mais en l’état 160kWh/an de consommation électrique me semble très largement sous estimé

Cdt

Guilhem (non vérifié) le 08/08/2011

@Guilhem : je suis d’accord sur la sous-estimation, mais ce sont les seuls chiffres publics. Dans tous les cas ce qui est intéressant, c’est que ce calcul conforte mes autres calculs précédents qui démontrent tous que les émissions de CO2 sont concentrées dans la fabrication (pour un ordinateur utilisé en France et fabriqué en Chine).

Pour ce qui est de 1E et Avob, leurs logiciels ne mesurent pas la consommation réelle comme on le fait avec un wattmètre. Pour chaque modèle d’ordinateur, ils utilisent les données Energy Star ou des données génériques. Donc attention, ce n’est pas la consommation réelle qui est remontée par ces logiciels, mais une approximation parfois précise, parfois très approximative.

admin le 09/08/2011

@arena et @admin : pour les smartphones, Apple, une fois encore, publie l’ACV pour l’iPhone

Pierreb (non vérifié) le 23/08/2011

Attention avec la seule considération de l’empreinte carbone dans une étude d’ACV.

Le mix énergétique français contenant 80% de nucléaire, l’empreinte carbone est très faible, ce qui est bien pratique (on peut voir, par exemple, que la consommation de l’ordinateur équivaut à sa fabrication en seulement 4.5 ans en allemagne)! Surtout quand on la met en comparaison avec des procédés de fabrication, qui eux sont forcément très émetteurs de carbone.

L’économie de consommation électrique permet des gains non négligeable sur, entre autre, l’épuisement des ressources non renouvelables, ou encore l’écotoxicité.

PaulG (non vérifié) le 24/11/2011

Belle étude. C’est assez fou l’ecart entre la France et l’Allemagne.

Serge (non vérifié) le 14/12/2013

article intéressant pour prendre conscience que l’informatique est source de pollution directe et indirecte.
Pour passer à l’action : voir l’infographie très utile « Vers un numérique éco-responsable », réalisée par Salima Badi (infographie qui est une synthèse du Guide sectoriel TNIC 2012 ADEME-CIGREF)

Jean-Philippe Déranlot (non vérifié) le 17/12/2014

@Jean-Philippe Déranlot : Je suis le co-auteur du Guide sectoriel TNIC de l’Ademe. J’ai bien noté la publication récente de l’infographie et nous prévoyons un article pour en parler.

admin le 18/12/2014

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