19 grammes de CO2 : l'empreinte carbone d'un e-mail selon l'ADEME

ADEME - étude sur l'empreinte écologique de la communication électronique - small

[article co-rédigé avec Yann Hamonic, consultant Green IT indépendant]

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) vient de publier les résultats d’une étude portant sur les gestes quotidiens des français liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Les résultats, parfois inattendus, montrent que même les petits gestes ont un impact important s’ils sont multipliés par des centaines d’utilisateurs.

Pour mener son enquête, l’ADEME a réalisé trois analyses de cycle de vie (ACV) portant sur :
- l’utilisation du courrier électronique ;
- les requêtes effectuées sur le web ;
- l’utilisation de supports de transmission de documents de type clés USB.

Pour chacune d’elle, les impacts environnementaux liés à chaque étape du cycle de vie des équipements (fabrication, utilisation, et fin de vie) ont été mesurés à l’aide de 18 indicateurs environnementaux, dont les principaux sont l’équivalent en gramme de CO2 pour l’impact sur le changement climatique, l’équivalent en gramme de Fer pour l’impact sur les ressources minières et l’équivalent en gramme de Pétrole pour l’impact sur les ressources énergétiques.

Malgré des choix de scénarios qui peuvent parfois paraître irrationnels, tout l’intérêt de cette étude est de rappeler au grand public que les e-mails, les recherches sur le web et le stockage de documents numériques n’ont rien d’immatériel. L’envoi et la réception d’un e-mail ou la recherche sur le web nécessitent en effet une lourde infrastructure technique : data centers, l’internet, et les équipements des utilisateurs finaux.

L’internet est constitué de millions d’équipements informatiques et de télécommunication (switch, routeur, fibres optiques, réseaux téléphoniques commutés, modem et autres box internet) auxquels il faut ajouter les data center (bâtiment, serveurs, climatisation, etc.) qui hébergent les services web et les terminaux à partir desquels l’utilisateur final accède aux services : ordinateur de bureau et écran, ordinateur portable, et smartphone essentiellement.

Evidemment, les chiffres donnés dans cette étude sont des ordres de grandeur qui peuvent très fortement varier d’un utilisateur ou d’une entreprise à l’autre.

Envoi et réception d’un e-mail
Le scénario de base retenu par l’ADEME est l’envoi d’un courrier électronique à un destinataire. Une pièce jointe est associée au courrier électronique. Le total du « paquet » à transmettre représente 1 Mo de données. Sans surprise, ce sont les ordinateurs utilisés pour écrire, transmettre, et lire le message électronique qui concentrent l’essentiel de l’empreinte écologique. En grande masse, 50 % de l’empreinte se concentre chez les utilisateurs (expéditeur et destinataire) et 50 % chez les fournisseurs de services (Hotmail et Gmail par exemple). Le réseau internet représente moins de 5 % des impacts, quel que soit l’indicateur étudié.

En résumé, transmettre un e-mail affublé d’une pièce joindre 1 Mo a l’impact suivant : 19 grammes eqCO2 – 4,8 g eq. Fer – 5,2 g eq. Pétrole. Pour une entreprise de 100 personnes envoyant en moyenne 33 e-mails par jour, 220 jours par an, cela représente 13,6 tonnes eqCO2, soit 13 A/R en avion entre Paris et New York. Evidemment, personne n’envoie 33 e-mails par jour de 1 Mo. Il eut donc été plus judicieux de prendre un scénario plus réaliste pour que les valeurs ci-dessus aient un sens…

Logiquement, l’ADEME conseille de limiter le nombre d’e-mails avec des pièces attachées, limiter le nombre de destinataires, de compresser les fichiers joints, et le temps de stockage de l’e-mail. On s’en serait douté !

A notre avis, deux points clés auraient du être abordés dans les solutions de fond :
- le format texte Vs le format HTML,
- le spam.

Nous avons étudier le poids d’un e-mail au format texte (donc conforme aux RFC internet) et le poids du même e-mail au format HTML : il y a un rapport de 1 à 4 (3 Ko Vs 13 Ko). A l’échelle de l’ensemble des e-mails de l’entreprise, envoyer ses courriers électroniques au format texte permet de diviser facilement (pas d’effort de la part de l’utilisateur) par 4 le volume de données transférées et à stocker.

Le spam est également un paramètre très important puisque la plupart des études estiment que plus de 90 % des messages échangés sont des spams. Les spammeurs forcent les fournisseurs de services mail à sur-dimensionner leurs infrastructures.

Recherche sur le web
L’ADEME a étudié plusieurs scénarios, notamment : la recherche d’une adresse de site web ou de document en ligne (URL) et la recherche d’une information (l’utilisateur consulte les sites présentés dans la page de résultat du moteur de recherche).

Le premier scénario fait clairement ressortir le poids prépondérant du moteur de recherche, notamment le stockage de son index (l’association de mots-clés à une URL), qui représente la plupart du temps 80 % ou plus des impacts. Les requêtes SQL pour interroger l’index ont un poids minime. En résumé : 2,8 g eqCO2 – 0,32 g eq. Fer – 0,83 g Eq Pétrole.

Dans le second scénario (recherche d’information), la consultation par l’utilisateur des sites donnés en résultat (5 pages pendant une minute chacune) représente plus 70 % des impacts, dont 10 g eqCO2 – 5,5 g eq Fer – 2,7 g eq Pétrole.

En comparaison, l’accès direct à un site web (saisie directe de l’adresse ou favoris / bookmark) ne représente que 1,3 g eqCO2 – 0,9 g eq Fer – et 0,3 g eq Pétrole. Morale de cette étude ? Ajoutez www.greenit.fr à vos favoris !

A l’échelle des 29 millions d’internautes français qui effectuent en moyenne 949 recherches par an, les émissions de gaz à effet de serre (GES) induites représenteraient 287 600 tonnes d’équivalent CO2 !

L’ADEME conseille donc de cibler ses recherches à l’aide de mots-clés appropriés et d’enregistrer les pages sur lesquelles on retourne fréquemment dans ses favoris. Autre conseil important, c’est la consultation des sites web par l’internaute qui concentre l’empreinte écologique. En d’autres termes, l’empreinte écologique de la consultation des sites web est directement liée à celle de l’ordinateur sur lequel on surfe. Il faut donc allonger la durée de vie de son ordinateur le plus possible. En passant de 4 ans à 7 ans, on réduit d’environ 20 à 35 % les impacts environnementaux d’une requête web classique.

USB vs papier
Le scénario de base étudié par l’ADEME consiste à transmettre un document de 10 Mo (document scientifique de 200 pages) à une personne, par clé USB, avec lecture du document à l’écran.
L’ADEME a pris en compte 3 variantes impactantes : la capacité de stockage (512 Mo, 2 Go référence, et 8 Go), le taux de remplissage de la clé (10 %, 25 % référence, 50 % et 100 %), et la durée de lecture du document à l’écran.

Il en ressort que plus la clé a une grande capacité et est remplie, et plus l’impact écologique est proportionnellement faible. La lecture à l’écran a moins d’impact que l’impression pour un temps de lecture inférieur à 2 minutes 12 secondes par page. Au-delà, l’impression noir et blanc, recto verso et 2 pages par feuille devient préférable. Enfin, l’impression couleur, recto, 1 page par feuille, a moins d’impact que la lecture à l’écran pour un temps de lecture supérieur à 8 minutes et 1 seconde par page.

Pour le scénario de référence (2 Go, taux de remplissage de 25 %, 3 minutes par page, 200 pages), on obtient 804 g eqCO2, 490 g eq. Fer, et 191 g eq. Pétrole.

Si on se place dans le contexte d’une conférence de 100 personnes recevant une clé USB selon le scénario de référence, l’impact représente alors 80 kg équivalent CO2, ce qui correspond à une augmentation de 20 % de l’empreinte carbone d’une conférence classique (400 kg équivalent CO2 sans distribution de clé).

Source : http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=78008&ref=24691&p1=B et étude des documents PDF disponibles à cette adresse.


Commentaires

Bonjour, étude très intéressante menée par l’ADEME sur un sujet d’actualité. Internet est notre quotidien, et nous passons des heures dessus. Il est donc important de sensibiliser les utilisateurs à une utilisation responsable, et cela est une des priorités pour les années à venir.
Je tiens d’ailleurs à relever une idée qui va dans ce sens par les membres du réseau social envimotion qui s’appelle “une photo en moins pour une économie d’énergie”. je vous invite à découvrir cette initiative à l’adresse suivante: http://www.envimotion.com/index.php?option=com_kunena&func=view&catid=27…

Concernant les mails je pense qu’il doit y avoir une sensibilisation dessus. Une diminution de 10% de mails peut en effet être réaliste tout en tenant compte des impératifs des entreprises.

aN (non vérifié) le 11/07/2011

2 Min 12…

En ce qui me concerne si j’imprime une feuille je ne vais pas éteindre mon écran pendant que je la lis ça n’a pas de sens…

Bravo l’ademe; maintenant certains qui cherchaient un argument pour imprimer à tord et à travers auront meilleure conscience en lisant leur 50 pages devant leur écran allumé… pour finalement jeter les feuilles à la fin de la lecture…

Florent (non vérifié) le 11/07/2011

Et la lecture de cet article a quel impact écologique en gramme de pétrole? et quand on va au toilettes? Et l’empreinte écologique des mesures de cette étude? Non mais vraiment on veut tous mesurer pour culpabiliser les gens. Pour ne pas polluer, un seul mot d’ordre : ne pas consommer, ne pas bouger, rester chez soi.

Anonyme (non vérifié) le 11/07/2011

@Florent : remarque judicieuse. Je ne me l’était pas faite car je n’ai plus d’imprimante depuis 1998 (13 ans déjà !).

admin le 11/07/2011

@Anonyme : L’idée de cette étude n’est pas de culpabiliser les gens. Bien au contraire ! L’objectif de l’ADEME est de sensibiliser le grand public comme les entreprises à l’impact de gestes quotidiens qui semblent anodins, mais qui, cumulés, ne le sont pas. Après libre à chacun d’agir en conséquence, de culpabiliser, etc.

admin le 11/07/2011

Ca fait peur. Il consommé combien d’oxygène et rejeté combien de CO2 le mec qui a écrit cet article à la …

Anonyme (non vérifié) le 11/07/2011

@Anonyme : En moyenne, ceux qui ont participé à cette étude et cet article ne consomment pas plus que la normale. Par contre, ils ne perdent pas de temps à faire des commentaires sans intérêt …

Encore une fois, l’objectif n’est pas de faire peur ou de culpabiliser les gens, mais bien de montrer la réalité des impacts de nos actions. Après, on peut en tirer des leçons … ou pas.

C’est comme arrêter l’eau quand on se lave les dents, pour certains, c’est dérisoire et ils ne font rien. D’autres se disent qu’il n’y a pas de petits gains (économiques et environnementaux) et tournent le robinet … Pas de jugement, chacun garde sa conscience pour lui. Juste des faits.

Yann (non vérifié) le 12/07/2011

Très intéressant cet article (sauf 1 ou 2 commentaires ! :-) )
Certes la techno est dépassée, mais quid du match : courriel vs fax ? ou par rapport à un appel téléphonique ? (parfois on a tendance à envoyer un courriel au type qui se trouve à l’étage du dessous…).

Chris_Menigault (non vérifié) le 19/07/2011

@Chris_Menigault : je ne suis pas un spécialiste des télécoms, mais il me semble qu’un simple appel émet largement moins de CO2 si on prend en compte le cycle de vie complet des équipements utilisés. Pour le scénario téléphone : 2 téléphones et l’infra réseau / telcos sous-jacente. Pour le scénario courriel : 2 PC, 2 écrans, 2 claviers et l’infra réseau / telcos sous-jacente.

admin le 19/07/2011

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