Numérique et environnement : en finir avec les idées reçues 3/3

Generique - Vrai / faux

Depuis plusieurs années, les médias et des institutions relaient des contrevérités concernant les principaux enjeux et solutions du Green IT. La plupart du temps pas par mauvaise volonté, mais plutôt par ignorance. Quand on ne connaît pas un sujet, on a souvent tendance à ne retenir que les idées les plus largement partagées, quitte à ce que la terre finisse par être plate et que le soleil tourne autour….

Ces contrevérités vous amènent - citoyens et pouvoirs publics - à se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt. Nous profitons donc de ce début d’année pour démonter ces contrevérités une à une, afin de vous amener à vous concentrer sur les solutions les plus efficaces pour réduire l’empreinte environnementale des technologies de l’information et de la communication.

La première partie de cet article a été publiée ici : http://greenit.fr/article/bonnes-pratiques/numerique-et-environnement-en…
La seconde ici : http://greenit.fr/article/bonnes-pratiques/numerique-et-environnement-en…

Aujourd’hui, nous nous intéressons à la dématérialisation pour clore ce triptyque.

8. Mieux vaut regarder un film en streaming que d’acheter un DVD

Les fournisseurs d’accès internet (FAI) ont fait de leur box ADSL la véritable tour de contrôle multimédia de la maison. Quasi incontournable, c’est le point de passage des flux de tous types : HTML, audio et surtout vidéo HD en synchrone ou asynchrone (VOD).

On pourrait croire que cette approche « dématérialisée » soit plus respectueuse de l’environnement. Mais il n’en est rien. L’impact d’une heure en streaming HD est du même ordre de grandeur que la fabrication d’un DVD. Comme le démontre David Bourguignon dans cet article, visionner une vidéo en HD (même qualité que Blu-Ray) nécessite 7 fois plus d’électricité (donc aussi 7 fois plus d’eau) et émet seulement 42 % de gaz à effet de serre en moins qu’un support physique. Evidemment, dès le deuxième visionnage, tous les paramètres sont dans rouge concernant le streaming.

Idée à retenir : Au-delà de deux visionnages en HD, mieux vaux privilégier un support physique inerte… et le prêter, cela vous rendra aussi heureux que la personne avec qui vous le partagez.

9. La dématérialisation réduit les impacts environnementaux

Les spécialistes de la dématérialisation vous expliquent que transformer le papier en octets permet d’éviter de couper des arbres. C’est vrai. Mais, dans leurs bilans environnementaux, ces acteurs oublient toujours de préciser deux points clés. D’une part, le problème du papier n’est pas le fait de couper des arbres (si on achète du papier certifié FSC ou Blue Angel) mais plutôt la consommation d’eau douce et les pollutions chimiques associées à la fabrication de la pâte à papier.

D’autre part, les octets se matérialisent sous la forme de fibres optiques, câbles en cuivre, disques durs, écrans, ordinateurs et autres claviers dont la fabrication concentre de nombreux impacts environnementaux. Dans la plupart des cas, transformer des feuilles de papier imprimées sous la forme de documents numériques (PDF le plus souvent) ne réduit pas les impacts. Au mieux, on note un transfert d’impacts et de pollution. Au pire, cela augmente l’empreinte.

Idée à retenir : Plus une information à une durée de vie courte, moins elle est critique, et plus il est judicieux de la stocker nativement au format numérique (sans oublier de la détruire dès que l’on ne s’en sert plus). Inversement, plus une information a une durée de vie longue et est manipulée par de nombreuses personnes et plus il es judicieux de l’imprimer.

Source : GreenIT.fr


Commentaires

Justement au sujet du point 8, en 2009, j’avais fais une mini-ACV pour un rapport de stage (25 pages). Voici ce que j’avais indiqué en introduction. j’étais partie du principe qu’une seule personne allait réellement le lire en entier et les 3 ou 4 autres personnes de mon école allez au mieux le survoler. Pour la version numérique, j’avais négligé volontairement, faute de données suffisante le stockage du pdf. A noté que pour archivage, j’ai tout de même du fournir une version papier :).

300 Wh :
C’est l’énergie nécessaire pour éditer 1’exemplaire de ce rapport (papier recyclé et impression laser compris).
Soit l’équivalent d’une ampoule basse consommation allumée pendant 20 heures.

60Wh
C’est l’énergie nécessaire pour 1a lecture de 45 mn de ce rapport en PDF sur un ordinateur de 80 W.
Soit l’équivalent d’une ampoule basse consommation allumée pendant 4 heures.

Merci de lire ce document en PDF et de ne l’imprimer que si réelle nécessité !

Merci d’utiliser la fonction «Commentaires» d’Acrobat pour apporter des corrections.

Julien ROBERT (non vérifié) le 17/02/2016

@Julien : je pense que tu te référais au point 9.
Pour les 3 ou 4 personnes, je pense qu’elles ont du être vexées par tes hypothèses ;)
Ton exemple vient conforter l’analyse de frédéric : en circuit court il vaut mieux passer par du dématérialisé. On comprend bien qu’au bout d’un temps t le stockage vient rompre cet équilibre. C’est cet élément que tu n’as pas pu évaluer et qui peut changer la donne.

En ce sens c’est important de réaliser une vraie étude d’ACV au cas par cas puisque l’on comprend bien qu’en fonction des tenants et aboutissants les conclusions ne seront pas les mêmes.

Cyril Cottet (non vérifié) le 17/02/2016

@Julien : vous ne prenez en compte qu’une partie du processus (lecture du document) et un seul critère environnemental (GES).

Il faut étudier un scénario réaliste. En ajoutant notamment la conservation du document, disons sur 15 ans.

Dans ce cas, cela change tout ! D’un côté, un support inerte (papier), de l’autre des disques dur à fabriquer et alimenter en électricité.

Par exemple, sur 15 ans, on peut raisonnablement estimer qu’il faudra fabriquer 6 disques durs et les alimenter en électricité. 6 disques pour tenir compte des votre mais aussi de ceux de l’université qui stocke les données de ses étudiants. On pourrait raisonnablement ajouter une sauvegarde (bande ou SaaS) car je doute que votre université ne sauvegarde pas une copie de ses données à l’extérieur, ce qui accentuerait encore l’écart entre papier et octets.

En analyse multicritères (épuisement de ressources, eutrophisation, acidification, changement climatique, etc.) il y a fort à parier que :
- les deux supports se valent ou que la balance penche pour le papier dès que le nombre de lecteurs d’un même support papier s’accroît (vive les bibliothèque :-);
- que les impacts ne soient pas les mêmes et que la comparaison soit donc difficile avec surtout des transferts de pollutions d’un support à l’autre.

C’est du moins la conclusion des deux ACV comparatives multicritères papier Vs octets auxquelles j’ai eu la chance de participer ces dernières années.

La clé réside bien souvent dans le fait de ne pas rematérialiser un document papier sous la forme d’un document numérique mais plutôt de données structurées (infiniment moins coûteuses à stocker et manipuler).

Je rejoins donc la conclusion de Cyril : étude multicritère au cas par cas (sur un scénario d’usage précis).

admin le 17/02/2016

Petit biais sur le point 8 :
Je suis d’accord avec les conclusions (à priori).
Il est tout de même un point important en défaveur du streaming : une sorte d’effet rebond ou d’effet multiplicateur. En effet, sans avoir à vous lever le cul du fauteuil vous pouvez regarder autant de films que vous le souhaitez, alors que si vous devez acheter un film sur support physique vous y réfléchissez et vous ne passez à l’acte que pour les films qui vous intéressent réellement.
Du point de vue global, et au regard de vos conclusions, cet effet rebond ou effet multiplicateur doit faire exploser les impacts environnementaux du streaming.

vincent (non vérifié) le 19/02/2016

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