Numérique et environnement : en finir avec les idées reçues 1/3

Generique - Vrai / faux

Depuis plusieurs années, les médias et des institutions relaient des contrevérités concernant les principaux enjeux et solutions du Green IT. La plupart du temps pas par mauvaise volonté, mais plutôt par ignorance. Quand on ne connaît pas un sujet, on a souvent tendance à ne retenir que les idées les plus largement partagées, quitte à ce que la terre finisse par être plate et que le soleil tourne autour….

Ces fausses idées reçues amènent les citoyens et les pouvoirs publics à se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt. Nous profitons donc de ce début d’année pour démonter ces contrevérités une à une, afin de vous amener à vous concentrer sur les solutions les plus efficaces pour réduire l’empreinte environnementale des technologies de l’information et de la communication.

1. Le geste clé : éteindre les appareils pour économiser l’énergie

A en croire les médias, la consommation d’énergie lors de l’utilisation des équipements électroniques serait le principal impact environnemental du numérique. On conseille donc aux citoyens d’éteindre leurs équipements électroniques. C’est une action de bon sens que nous ne remettons pas en cause. Mais, c’est sans compter sur l’énergie grise. Les équipements électroniques de dernière génération sont si peu énergivores que l’on dépense bien plus d’énergie lors de leur fabrication que lors de leur utilisation. C’est notamment vrai pour les smartphones, tablette, ultrabook et autres ordinateurs portables de petite taille. Si bien que le geste le plus efficace pour réduire la consommation d’énergie sur le cycle de vie complet, c’est d’utiliser l’équipement le plus longtemps possible.

L’idée à retenir : on économise plus d’énergie en allongeant la durée de vie d’un smartphone ou d’un ordinateur portable récent qu’en l’éteignant toutes les nuits !

2. La principale pollution du numérique, c’est le CO2

On nous répète à satiété qu’il faut lutter contre les émissions de CO2 du numérique, notamment celles des centres de données du cloud. D’une part, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne se limitent pas au dioxyde de carbone (CO2), c’est l’objet du point suivant. D’autre part, toutes les analyses de cycle de vie (ACV) multicritères montrent que c’est surtout la fabrication des équipements qui concentre les impacts environnementaux. Même en ce qui concerne le web (voir notre article). Ces impacts sont variés : épuisement des ressources naturelles non renouvelables, les nombreuses conséquences négatives des pollutions de l’eau, du sol, et de l’air qui dégradent la qualité des écosystèmes et la santé humaine. Les émissions de gaz à effet de serre et leur contribution au changement climatique ne sont qu’un mal parmi des maux.

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L’analyse de cycle de vie ci-dessus montre la place des gaz à effet de serre (GWP – Global Warming Potential – en gris foncé) par parmi tous les autres impacts associés à la fabrication d’un ordinateur (unité centrale).

L’idée à retenir : L’émission de gaz à effet de serre n’est qu’un impact parmi de nombreux autres

3. En économisant de l’électricité, j’économise du CO2

Oui. C’est vrai pour la combustion d’énergies fossiles telles que le pétrole, le charbon, et dans une moindre mesure le gaz naturel. C’est-à-dire pour vos déplacements motorisés et pour votre chauffage. En revanche, en France, la production d’électricité émet 5 fois moins de gaz à effet de serre que la moyenne des pays développés et 10 fois moins que certains pays comme la Chine et l’Australie qui recourent massivement au charbon. Par ailleurs, le principal gaz à effet de serre émis par les centrales nucléaires (environ 80 % du mix électrique français) est… de la vapeur d’eau, pas du CO2. En économisant des kWh électriques, on évite donc surtout d’émettre de la vapeur d’eau, pas du dioxyde de carbone. Enfin, le principal impact environnemental de l’électricité en France, c’est la consommation d’eau douce pour le refroidissement des centrales nucléaire.

L’idée à retenir : En France, quand j’économise de l’électricité, c’est surtout de l’eau douce, de l’uranium et des déchets radioactifs que j’économise. Concernant les gaz à effet de serre, c’est surtout de la vapeur d’eau que j’économise, bien plus que du CO2.

Source : GreenIT.fr


Commentaires

Excellent article et des informations utiles et précieuses. C’est vrai que les idées reçues sont légion en ce qui concerne le numétique et l’économie d’énergie. Je croyais aussi que le fait d’éteindre nos équipements et machines tous les soirs pouvait permettre d’économiser de l’énergie. En tout cas merci, j’ai appris des choses.

bachelor (non vérifié) le 28/01/2016

Je croyais aussi que le fait d’éteindre nos équipements et machines tous les soirs pouvait permettre d’économiser de l’énergie.”
Ca compte aussi bien sur, en plus de l’énergie grise qu’on économise en ne renouvelant pas le matériel.
En france, c’est plus limite, car les centrales nucléaires ne s’arretent pas le nuit. Donc la nuit, tu pourrais allumer ton four, ca ne changerais rien à la consommation d’uranium. D’où le tarif heures creuses d’EDF.

Conclusion : ne débranche pas les ordis le soir, les alims n’aiment pas les arrivées brusques de courant quand on branche.

Pierre (non vérifié) le 28/01/2016

@bachelor : L’idée de l’article est de montrer qu’il y a des gestes bien plus efficaces. Ne pas renouveler un équipement et étendre sa durée d’utilisation, c’est une décision que l’on prend une fois (un petit effort de quelques secondes / minutes). Rien n’empêche d’éteindre aussi les équipements électriques / électroniques la nuit et lorsqu’on ne s’en sert pas. C’est mieux.

@Pierre : à ma connaissance, les alimentations électriques moderne (à découpage) supportent très bien d’être éteintes et allumées autant que nécessaire.

admin le 29/01/2016

Soit, l’auteur tiens 2 rounds mais s’écroule au troisième :
en effet il oublie en 3 d’appliquer sa rigueur de raisonnement, comme en 2.
Il ne tient aucun compte du coût carbone/humain/eau/extraction de sable/traitement des déchets/nomadisme ouvrier… de la conception/construction/arret d’une centrale nucléaire alors même que l’on peut lire casi quotidiennement la gabegie exponantielle de l’EPR.
Mais on avance.

denis (non vérifié) le 01/02/2016

@Denis : si justement. Nous partageons à 100 % le fait que l’extraction et la fin de vie du combustible impactent la planète. Quand on économise des kWh à la prise, on économise mécaniquement du combustible nucléaire et donc tous les impacts que vous évoquez dans votre commentaire. Et c’est bien l’objectif. Encore faut-il en avoir conscience.

Le but du point 3 est surtout de rappeler quels sont les principaux impacts associés à la fabrication d’un kWh électrique en France. Et notamment de rappeler deux vérités complètement ignorées : la consommation d’eau douce pour refroidir les centrales et le fait que le principal GES émis est de la vapeur d’eau et non du CO2. On ne peut malheureusement pas tout dire dans un seul article. Et c’est tout l’intérêt des commentaires que de pouvoir compléter les points manquants / qui vous paraissent importants ;-).

admin le 01/02/2016

Article intéressant. Ca me rappelle une émission d’une société qui commercialisait des multiprises avec éteinte automatique dans une plage horaire choisi.

La personne disait que si tout le monde pensait à éteindre tous les leds lumineuses ( le bouton rouge de la tv qui correspond au mode éteint par exemple ), rien que sur la France, nous pourrions fermé une centrale nucléaire.

Un peu exagéré ou pas, je ne suis pas spécialiste, mais l’image des petites actions cumulés qui créaient d’aussi grands résultats me parait tout simplement incroyable.

Myriam (non vérifié) le 03/02/2016

L’article parait simple d’un premier abord, mais il y a plein de comparaisons, donc bravo à toi Frédéric !
L’économie d’énergie va loin dans l’article, je veux dire par là que tu expliques bien jusqu’où ça va avec la radioactivité ! Chapeau !

Agario (non vérifié) le 03/02/2016

Complètement d’accord avec votre articles. On croise souvent trop de raccourcis dans la presse. Et en effet, l’économie de l’électricité est la clé, il n’y a malheureusement pas assez d’initiatives de communication sur ce sujet.

fan de high tech (non vérifié) le 07/02/2016

@Fan : l’article explique le contraire de ce que vous avez compris…

admin le 09/02/2016

Notre parc informatique a 54 mois d’ancienneté. Comme les garanties s’arrêtent, nous devrons en remplacer 50% dans les 6 mois. L’association belge HUB (trader en besoins associatifs) va en gérer la réutilisation. Mais quand même, la meilleure électricité est celle qui n’est pas produite (rendement 75%), qui n’est pas transportée (rendement 65%), qui n’est pas distribuée (rendement de 70%), qui n’est pas payée (sur le compte de nos frais généraux). Entre un PC qui tourne 24-24-7-7 et le même qui ne tourne que 10h par jour ouvrable, il y a, quelque soit sa consommation nominale, plus de 60% d’économie. Alors c’est pas demain que je vais arrêter la pression sur la bande de ” geeks-de-mon-cœur ” qui peuple mes bureaux ! Même après qu’ils m’aient soumis votre article, le dernier continuera à éteindre l’imprimante en partant ! Merci.

Benoît Detroz (non vérifié) le 18/02/2016

@Benoît Detroz : dans l’article, nous ne disons pas qu’il ne faut pas éteindre les équipements électroniques. Nous hiérarchisons les gestes clés pour vous aider à vous concentrer sur les plus gros effets de levier.

Eteindre ordinateurs, imprimantes, etc. est un geste évident (ou qui devrait l’être). Par contre, le plupart des gens oublient l’énergie grise et ne savent pas qu’il y en a souvent plus dans les petits appareils électroniques que lors de l’utilisation. L’idée de l’article est de leur en faire prendre conscience et de les pousser à compléter le geste de base (éteindre le PC la nuit) par un geste complémentaire : allonger la durée de vie.

L’idée de l’article est également de leur faire prendre conscience qu’en France, en économisant des kWh électriques, on économise surtout de l’eau et que le principal GES rejeté par les centrales nucléaires est de la vapeur d’eau, pas du CO2.

Economiser l’énergie c’est bien. Mais encore faut-il comprendre pourquoi on le fait et le type d’impact que l’on évite. Pour économiser du CO2, en France, il n’y a pas photo, il faut surtout allonger la durée de vie. C’est peut être différent en Belgique.

admin le 18/02/2016

Je mourais d’envie de répondre mais par politesse c’était à Frédéric Bordage de le faire en premier.

Cher monsieur Detroz vous faîtes preuve d’une certaine condescendance auprès de vos salariés qui ont pourtant eu le bon réflexe en vous menant sur ce site afin d’élargir votre spectre de réflexion.

Afin de simplement ajouter à ce qu’à dit Frédéric il fallait simplement lire son billet, ce qu’apparemment vous n’avez pas fait ou en diagonal: “On conseille donc aux citoyens d’éteindre leurs équipements électroniques. C’est une action de bon sens que nous ne remettons pas en cause.” C’est clair, net et sans équivoque.
Ce qui est dit c’est que malheureusement à notre époque on aime les raccourcis et beaucoup moins prendre le temps de la réflexion. Si l’on veut être pertinent il faut avoir une approche globale du problème “cradle to grave” (du berveau à la tombe en vf) comme on dit.
Dans mon domaine (le bâtiment) c’est encore une approche timide mais qui sera nécessaire : pourquoi pousser à limiter la consommation énergétique dans les usages alors que la fabrication et la déconstruction représentent un poids de plus en plus important sur la dépense énergétique totale sur la vie d’un bâtiment.

Par contre je conçois qu’il y ait une difficulté concernant la garantie qui “pousse” à moderniser ses équipements même et surtout quand ce n’est pas nécessaire. Une idée sur ça Frédéric?

Cyril Cottet (non vérifié) le 18/02/2016

Dans ma Conti union, je voulais seulement exprimer 7 points :
- 60 mois pour des équipements critiques est souvent un maximum du fait des garanties all in;
- Il est malgré tout possible d’en planifier la prolongation sans beaucoup d’effort;
- Rendre hommage à l’association belge HUB qui fait en cette matière un boulot magnifique;
- Pour pouvoir consommer 1kWh, il faut en produire entre 2 et 3;
- Toute économie est bonne surtout quand elle est économique;
- Toute l’Europe, même francophone, ne vis pas les mêmes réalités;
- Il est difficile d’impulser des comportements vertueux, ou non d’ailleurs, au sein d’une communauté.

Je vous prie d’accepter mes excuses si mon propos vous a fait croire à une critique négative.

Pour le reste, personne ne sait ici qui je suis, ni quels sont mes engagements personnels et professionnels, ni mes capacités intellectuelles à la lecture active ou à la réflexion complexe, ni la qualité de la relation que mes collaborateurs et moi-même nous entretenons. Personnellement, j’essaye d’éviter les jugements, hors humour bien entendu.

Merci et amusez-vous bien

Benoît Detroz (non vérifié) le 19/02/2016

@Benoît : je partage votre analyse et vous remercie pour votre contribution (très intéressante). La force et la richesse de GreenIT.fr ce sont autant les commentaires avisés tel que le vôtre que l’article lui même.

admin le 19/02/2016

Bravo pour cet article qui sort des sentiers battus ! Il faut plus que mettre les points sur les i en ce qui concerne les réalités du “green it”… Moi je travaille dans le domaine des énergies renouvelables, donc je sais à quel point c’est fréquent de rencontrer des gens qui suivent les “raccourcis” des médias de masse !

Leveque (non vérifié) le 18/04/2016

Article très instructif et pertinent. Il suffit de voir avec quel légèreté les ministres de l’écologie sont choisis pour comprendre qu’il ne faut pas attendre grand chose des autorités pour que nosu fassions des progrès d’un point de vue environnemental !

Paul

Paul Sport (non vérifié) le 11/05/2016

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