Catégorie : Etude

Numérique : 40 % du budget GES soutenable d’un européen

Le numérique en Europe pèse plus que toute l’humanité ! C’est le premier constat étonnant de l’étude Le numérique en Europe : une approche des impacts environnementaux par l’analyse du cycle de vie [1] qui apporte, pour la première fois, une évaluation fiable et objective des impacts environnementaux du numérique en Europe.

Réalisée par le collectif GreenIT.fr et le consortium NegaOctet pour le compte du groupe parlementaire européen des Verts / ALE, cette vaste étude indique que les 571 millions de tonnes de matières premières mobilisées par le numérique en Europe chaque année correspondent à la masse de 9,2 milliards d’êtres humains.

Plus lourd que l’humanité, le numérique a des impacts environnementaux colossaux

L’étude a pris en considération 12 impacts pour l’environnement allant du réchauffement global (GWP) à l’épuisement des ressources abiotiques (ADP) en passant la consommation d’énergie primaire (PED) ou bien encore l’acidification de l’eau et du sol (Acid).

Si on rapporte l’impact global à l’échelle individuelle pour 2 indicateurs clés, notre empreinte numérique individuelle est loin d’être négligeable :

  • Epuisement des ressources abiotique : 5 760 tonnes équivalent antimoine, soit 26 000 kg de terre excavée / an / européen (71 kg de terre excavée par jour) ;
  • Réchauffement global : 185 millions de tonnes équivalent CO2, soit 1 870 kms [2] / an / européen (5 kms par jour).

Les impacts principalement liés à la fabrication des matériels

  • 40 %. L’épuisement des ressources totalise 40 % des impacts environnementaux : 23 % pour les métaux et 17 % pour les énergies fossiles, principalement pour fabriquer les appareils (TV, ordinateurs, smartphones). « L’épuisement des ressources est l’indicateur le plus représentatif des impacts environnementaux du numérique » » indique Lorraine de Montenay, membre du collectif GreenIT.fr et chef de projet et co-auteur de l’étude. « Nous ne nous attendions pas à une part aussi élevée pour cet indicateur. Ces impacts sont directement liés à la multiplication et la diversification des nombreux équipements numériques qui nous accompagnent dans notre quotidien » ajoute-t-elle.
  • 40 % du budget GES annuel soutenable d’un européen. « Les émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à notre usage quotidien du numérique représente 40 % de notre budget annuel soutenable. C’est complètement disproportionné par rapport aux accords de Paris » constate Frédéric Bordage, fondateur de GreenIT.fr et co-auteur de l’étude. « Si nous souhaitons rester en dessous de 1,5°C de réchauffement global, nous ne pouvons en aucun cas consommer autant de numérique en Europe, avec des durées de vie aussi courtes » analyse-t-il.

Les idées reçues battues en brèche

En plus de fournir la première photo fiable des impacts du numérique à l’échelle de l’Europe, cette étude permet aussi de battre en brèches certaines idées en reçues pour identifier des solutions efficaces.

  • Ce n’est pas le fait d’utiliser son appareil qui a le plus d’impact, mais bien d’en fabriquer un nouveau : la majorité des impacts se produisent pendant la phase de fabrication (54 %), avant l’utilisation de l’équipement (44 %). « Cela montre combien il est essentiel de repousser au plus tard possible le renouvellement d’un équipement, de le réparer, lui donner une seconde vie, et faire en sorte que les mises à jour logicielles permettent aux appareils les plus anciens de continuer à fonctionner. » rappelle Lorraine de Montenay.
  • Les impacts viennent principalement des équipements des utilisateurs et non des centres informatiques : 71 % des impacts environnementaux proviennent des terminaux – TV, ordinateurs, smartphones, objets connectés, etc.
  • Les smartphones arrivent loin derrière les télévisions qui totalisent à elles-seules 14 % des impacts du numérique. « C’est plus que tous les impacts des réseaux en Europe ! » met en perspective Etienne Lees-Perasso, expert de LCIE CODDE Bureau Veritas, membre du consortium NegaOctet et co-auteur de l’étude. « Ce constat n’est pas étonnant quand on sait qu’il y a 1 télévision pour 2 européens et que la taille des écrans augmente continuellement » détaille-t-il.

Moins d’équipements qui durent plus longtemps via le réemploi

Les auteur.e.s complète l’étude d’impacts par l’analyse de sujets spécifiques tels que l’intelligence artificielle, l’effet rebond dans le numérique, le cloud computing, l’économie circulaire, la 5G, les véhicules électriques autonomes, etc.

Basée sur des interviews d’experts partout en Europe, ces analyses complémentaires permettent d’aboutir à des recommandations simples et efficaces pour l’ensemble du numérique et plus pointues pour chaque sujet étudié.

“Une approche européenne est essentielle pour parvenir à une économie numérique verte et durable. Nous
espérons que cette étude contribuera à jeter les bases factuelles des décisions politiques urgentes que nous
devons prendre pour relever les défis de notre époque” indique David Cormand, eurodéputé Les Verts / ALE.

  1. Moins d’équipements
  • Réduire le nombre d’appareils : privilégier l’achat d’un appareil reconditionné, réparer ses appareils, se poser systématiquement la question « en ai-je vraiment besoin ? » ;
  • Mutualiser ses équipements : privilégier un équipement couteau suisse plutôt que plein d’équipements différents, partager ses équipements, louer au lieu d’acheter ;
  • Ecoconcevoir : rendre obligatoire l’écoconception des équipements et des services numériques.

2. Des équipements qui durent plus longtemps :

  • Réduire l’obsolescence du matériel : encourager le réemploi des équipements de seconde main, encourager la disponibilité des pièces de rechange, fixer un calendrier et des objectifs pour développer une industrie de la réparation des équipements numériques ;
  • Réduire l’obsolescence des logiciels : dissocier systématiquement les mises à jour de conformité Vs de confort, fournir un support technique pendant au moins 5 ans, garantir pendant au moins 5 ans que les mises à jour de conformité de dégradent pas la performance de l’appareil.

3. Massifier le réemploi :

  • Encadrer et professionnaliser l’industrie du réemploi afin que chaque Européen puisse acheter avec autant de confiance et de garantie un appareil reconditionné qu’un appareil neuf.

Retrouver tous les résultats de l’étude ici : fiche de l’étude NumEU

[1] GreenIT.fr, Le numérique en Europe : une approche des impacts environnementaux par l’analyse du cycle de vie (NumE 2021), décembre 2021. Commandée par le groupe parlementaire européen des Verts / ALE, cette étude a été réalisée avec le plus haut niveau de transparence. Conforme aux standards les plus exigeants au niveau mondial, elle respecte notamment les normes d’Analyse du Cycle de Vie ISO 14040-44 et a fait l’objet d’une revue critique par un tiers indépendant.

[2] kilomètres en voiture thermique de type berline standard.

Frédéric Bordage

Expert en green IT, sobriété numérique, numérique responsable, écoconception et slow.tech, j'ai créé le collectif Green IT en 2004. Je conseille des organisations privées et publiques, et anime GreenIT.fr, le Collectif Conception Numérique Responsable (@CNumR) et le Club Green IT.

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