Biodiversité: faut-il donner un prix à la nature ?

WWF - Entreprises et Biodiversité

La biodiversité, au-delà de la diversité biologique (diversité au sein d’une même espèce ou entre les espèces), c’est également la diversité des écosystèmes et l’ensemble des relations et interactions qui existent entre les espèces et leurs milieux de vie. La dépendance de la sphère économique à son égard est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît, et l’impact des entreprises sur la biodiversité est, en général, très largement sous-estimé.

La richesse du vivant est directement ou indirectement à la base de toute création de richesse économique : approvisionnement en matières premières, qualité de l’air et de l’eau, régulation des risques naturels, réputation et image, sont des enjeux majeurs qui reposent sur les services rendus par les écosystèmes aux entreprises et à l’humanité toute entière.

Les chiffres liés à la biodiversité donnent le vertige :

  • La valeur des services annuels rendus à l’humanité par les écosystèmes est estimée entre 17.000 et 58.000 milliards d’euros (estimation du PNUE)
  • Le coût de l’inaction est évalué aujourd’hui à 1% du PIB mondial chaque année, et pourrait représenter jusqu’à 7% en 2050, soit environ 14.000 milliards d’euros (rapport Pavan Sukhdev, « L’Economie des Ecosystèmes et de la Biodiversité », 2009)
  • 60% des services écologiques que la biodiversité offre aux humains ont été dégradés entre 1950 et 2000.
  • 80% de la population mondiale dépend des remèdes traditionnels basés sur des espèces naturelles
  • 17.291 espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction, soit 21% des mammifères, 12% des oiseaux, 30% des amphibiens, 70% des plantes, …

Pour autant, cette érosion de la biodiversité n’est pas une fatalité. De plus en plus d’entreprises (même si leur nombre reste très limité pour le moment) ont appris à prendre en compte ce capital naturel, et ont engagé des actions de prévention, de protection, de formation, ont mis en place des partenariats, ont initié des modes de production et de consommation plus soutenables. Nombre de produits ou services sont proposés aujourd’hui dans une approche d’économie de fonctionnalité, qui consiste à louer un service plutôt qu’à posséder un bien (les exemples sont de plus en plus nombreux : pneu de poids lourd chez Michelin, Vélib’, Autolib’, applications en mode SaaS …).

Certaines entreprises, plus innovantes encore, ont fait émerger de nouveaux modèles de développement. On parle ainsi d’économie circulaire, mais aussi d’écologie industrielle ou encore de biomimétisme, trois termes, au final, proches et complémentaires pour désigner la capacité de l’économie à fonctionner en circuit fermé, au sein d’écosystèmes industriels interdépendants (à l’échelle d’une zone d’activité, d’un quartier, d’une ville, .…) qui tendent vers un modèle de production autonome, à l’image du monde du vivant. Ce qui permet par exemple aux déchets des uns de servir de matière première ou d’énergie à d’autres.

Facile à dire, mais pour autant ces concepts introduisent une véritable refondation du modèle économique classique (celui qui gouverne aujourd’hui 99,9% de nos entreprises), et nécessitent de repenser les organisations comme des éléments inclus dans la biosphère, afin de les réconcilier avec le monde du vivant.

WWF vient de publier une étude intitulée « Les entreprises face à l’érosion de la biodiversité », qui présente, par grande filière, les dépendances et impacts face au monde du vivant, afin d’offrir aux entreprises les moyens d’évaluer les risques et les opportunités liés à l’intégration de la biodiversité dans leur stratégie d’entreprise. Au travers de nombreux exemples, WWF propose des solutions concrètes, véritables leviers d’action afin d’avancer dans une démarche de progrès.

Ces réflexions conduisent inévitablement à des questions telles que : comment peut-on évaluer la performance d’une entreprise à l’égard de la biodiversité ? existe-t-il des outils ? peut-on donner un prix à la nature ?

Sur la question de l’évaluation de la performance vis-à-vis de la biodiversité, on peut citer au moins 3 outils à ce jour :

Sur la question du prix à donner la nature, la réponse est éminemment complexe, du fait de la multiplicité des unités de mesure, contrairement au carbone qui lui n’en comporte qu’une seule ; cette question, si elle n’est pas nouvelle, fait d’ailleurs l’objet de points de vue divergents au sein des experts de la question. Certains considèrent qu’il suffit de donner le juste « prix » à chaque espèce, à chaque écosystème, à chaque service rendu par la biosphère, puis de rendre payants et de comptabiliser les flux de biodiversité induits par l’entreprise. Ce qui permet d’obtenir une approche coûts/bénéfices à l’image d’une comptabilité financière. D’autres considèrent au contraire qu’il ne faut pas tomber dans le piège de la monétarisation du vivant, de la même façon qu’on ne donne pas de prix au patrimoine culturel. Mais dans ce cas, quelle alternative est proposée par ces derniers pour responsabiliser les acteurs quant aux externalités négatives générées par la perte de biodiversité ?

Si cette question demeure posée, il en est une autre, beaucoup plus simple, qui nous vient à l’esprit : comment la DSI, à travers ses initiatives « Green IT », peut-elle contribuer à préserver cette biodiversité qui assurera la pérennité de nos entreprises et de l’humanité ?

La réponse est également très simple : c’est finalement l’ensemble de la démarche de responsabilisation écologique de l’IT, au travers des thèmes majeurs que sont :

  • Le prolongement de la durée de vie des matériels pour limiter les déchets,
  • Le recyclage de l’ensemble des matériels électroniques, comme l’impose la loi de 2005 concernant les DEEE,
  • L’efficacité énergétique afin de préserver les ressources naturelles et limiter les émissions de gaz à effet de serre,
  • Les achats responsables afin de privilégier les produits éco-conçus,
  • Une politique papier / dématérialisation optimisée (il n’y a pas de position tranchée sur cette question, les deux ayant leurs avantages et inconvénients).

Et vous, comment voyez-vous la prise en compte de la biodiversité dans votre entreprise et plus particulièrement au sein de l’IT ?


Commentaires

peut-on donner un prix à la nature ?”

Ce terme me gêne profondément, a mon sens, donner un prix au vivant amènerait serait très malsain et poserais le même problème que celui du CO2 dans le cadre des compensations carbone : J’ai payé mon droit à polluer.

Grosso modo s’il est financièrement plus intéressant de détruire une Foret, alors allons y de bon cœur ! c’est rentable !

Marc Boitel le 06/10/2010

@Marc : je suis assez d’accord avec ton analyse. Cependant, comme la très vaste majorité des gens veulent “acheter des solutions” et que “l’argent est roi”, donner un prix au vivant (cf Rapport Stern) permet de poser le débat. Stern montre notamment que la destruction de notre écosystème coûte bien plus cher que son exploitation “raisonnée”. Donc, je pense qu’il faut malheureusement en passer par là à court terme pour faire prendre conscience aux décideurs de la “non rentabilité” à ne pas protéger l’écosystème qui assure notre survie.

admin le 06/10/2010

Le problème de donner un prix au vivant c’est qu’on va construire encore plus la politique du tout économique, alors qu’il faut au contraire la déconstruire.
Le vivant vaut à la fois tout et rien : il est inestimable. La comparaison avec le patrimoine culturel est très bonne, et d’ailleurs c’est pour cela qu’on parle d’espèces “patrimoniales”.

”Mais dans ce cas, quelle alternative est proposée par ces derniers pour responsabiliser les acteurs quant aux externalités négatives générées par la perte de biodiversité ? “”
-> Et bien la loi tout simplement ! Comment protège-t-on le patrimoine culturel ? Comment se fait-il qu’il soit interdit de détruire une église du XIVème siècle à des fins économiques ? Parce qu’il y a des lois. Et il devrait en être de même pour la biodiversité, d’autant plus qu’on peut survivre sans monuments historiques, mais plus difficilement sans eau potable, nourriture et médicaments.
Sans compter que le crapaud protégé tout moche, il a le droit de vivre ! Nous ne lui sommes en aucun cas supérieur. Je peux même vous assurer que pour ses prédateurs, il est bien utile que les grands mammifères que nous sommes qui viennent les embêter.

Laurent B (non vérifié) le 06/10/2010

Bonjour,
Je partage à la fois les points de vue de Fred (admin) et de Laurent B.
Pour passer d’une économie du tout financier à une économie responsable, il faudra que les décideurs prennent conscience de l’impact, tant en positif qu’en négatif, de la valorisation de la biodiversité dans leurs entreprises. D’où les travaux de Pavan Sukhdev et de Joel Houdet, en collaboration avec l’Orée, qui soutiendra sa thèse : “Entreprises, biodiversité et services écosystémiques. Quelles interactions et stratégies ? Quelles comptabilités ?” le lundi 18 octobre au matin.
Si vous êtes intéressés, la soutenance est publique, ainsi qu’une sysnthèse faite par l’Orée l’après-midi. Plus d’infos sur : http://www.oree.org/actualites/zoom.html

Concernant le fait qu’il faut des lois, oui trois fois oui, et d’ailleurs il y en a déjà (principe du “pollueur-payeur”), mais à un moment donné, il va bien falloir évaluer le montant des dégâts en cas d’accident (cf les boues rouges en Hongrie ou la plate-forme BP l’été dernier), et dans ce cas il y aura forcément un prix à donner pour évaluer le préjudice fait à la biodiversité ?

Christiane le 08/10/2010

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.