Dématérialisation : mieux vaut télécharger !

Etude - dématérialisation - Microsoft / Intel - émission de CO2 selon le scénario

Alors que la loi Hadopi 2 vient d’être votée, je souhaitais revenir sur l’impact environnemental de la dématérialisation des oeuvres numériques. Après le coup marketing de Microsoft, une étude - plus sérieuse, mais toujours commanditée par Microsoft et Intel - vient d’être publiée.

Réalisée par plusieurs universités américaines (Carnegie Mellon, Berkeley et Stanford), l’étude “The energy and climate change impacts of different music delivery methods” (PDF) compare l’impact environnemental d’un téléchargement de musique par rapport à l’achat d’un CD dans le commerce.

L’étude prend en compte tout le cycle de vie des deux scénarios d’achat (le terme achat est important, vous comprendrez plus loin pourquoi). Un point positif. En revanche, elle ne mesure que les impacts directement liés au réchauffement climatique et ne s’intéresse pas aux pollutions chimiques. Voilà qui va encore faire râler Françoise (lire son commentaire ici), et avec raison !

Concernant le réchauffement climatique, les conclusions de l’étude sont sans appel. Le téléchargement de 6 albums de musique (sans re-matérialisation postérieure, par la gravure d’un CD par exemple) nécessite 5 fois moins d’énergie que l’achat d’un CD et émet 60 fois moins de CO2.

Selon les auteurs de l’étude, ce grand écart - tant en terme d’énergie consommée que d’émissions de CO2 - est directement lié à deux sources :
- le déplacement du consommateur sur le point de vente (customer transport),
- et la fabrication de l’emballage du CD (CD case production).

CD_Vs_Download-energy.jpg

Saut que… Si on analyse le scénario “téléchargement”, l’étude se borne à comparer l’acte d’achat. Or, ce qui intéresse le consommateur, c’est d’écouter de la musique. Ce scénario plus complet implique, en dehors de l’achat, de stocker puis d’écouter de la musique.

Le cas du CD est bien pris en compte puisqu’un CD est un support inerte. En revanche, l’étude oublie qu’après avoir été téléchargés, les albums de musique au format MP3 devront être stockés sur un support numérique (disque dur, mémoire flash) dont la durée de vie est bien inférieure. Alors qu’un CD peut être conservé plus de 20 ans (mon plus vieux CD à 25 ans, c’est un Telarc Digital AAD), la durée de vie moyenne d’un disque dur est 4 à 5 fois inférieure. Pour conserver les albums MP3 pendant 20 ans, il faudra donc utiliser un minimum de 4 disques durs, dont la production n’est pas prise en compte dans le scénario.

Morale de l’histoire : le bilan environnemental global (consommation électrique, pollutions, pression sur les écosystèmes) serait bien plus mitigé si l’ensemble du cycle de vie était étudié sous l’angle de l’usage (écouter un morceau de musique pendant x années).

Au final, le scénario dont l’impact est le plus minime sur l’environnement semble être le téléchargement des albums puis leur re-matérialisation sous la forme de 6 CD gravés à la maison, sans boîte plastique. A condition bien entendu que la qualité des CD gravés par le grand public soit la même que la qualité des CD gravés par des professionnels.

Note : Cette étude possède de toute évidence des biais. Pourquoi se concentrer uniquement sur l’acte d’achat qui n’a aucun sens en terme de cycle de vie ? Un constat peu reluisant pour les prestigieuses universités citées dans cet article et pour Intel et Microsoft. Soit les auteurs ont été copieusement payés, soit il leur manque une bonne quantité de neurones.


Commentaires

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Twitter Trackbacks for Dématérialisation : mieux vaut téléc (non vérifié) le 05/11/2009

Complètement d’accord, on voit trop d’études comme celles-ci, pseudo-scientifiques mais dont le fond est partiellement faux ou incomplet…

frinux (non vérifié) le 05/11/2009

Dans la théorie, un CD a peut-être une plus longue durée de vie, mais dans la pratique, qu’en est-il vraiment ?
Les CD sont très fragiles et vite rayés.

Il me semble que l’avenir (à court/moyen terme) du stockage est dans les cartes SD, qui contrairement à un CD ou un Disque dur est moins sensible aux chocs.

Et quel est l’impact écologique de la musique écoutée en streaming ? Est-ce que ce n’est pas ça finalement le plus écolo (pas de support physique, très peu d’émission de CO2, pas de stockage chez l’utilisateur)

Rémi T (non vérifié) le 05/11/2009

concernant l’analyse, je trouve leur résultats très réalistes.

Un CD contient à la base des fichiers audio. Donc il va de soit qu’avant même la gravure du CD avant sa vente, le fichier audio était déjà stocké et est toujours stocké sur un support informatique.

Donc il parait évident que le téléchargement a pour avantage du supprimer l’intermédiaire matériel qu’est le CD. et dans tous les cas il faudra par la suite un support de lecture que se soit un MP3 (lecteur mp3, disque dur etc…) ou un CD (lecteur platine CD).

De plus sur le long terme vu la tendance actuel, d’un point de vue personnel on a de la musique “jetable”, c’est à dire qu’un titre qui s’écoute aujourd’hui ne s’écoutera très probablement plus au moment ou le lecteur MP3/disque dur sera HS

Marc BOITEL (non vérifié) le 05/11/2009

@Marc @Rémi T : merci pour vos remarques très intéressantes.

En conclusion, le scénario dont l’empreinte semble la plus faible est donc le téléchargement puis le stockage sur une mémoire flash (clé USB, carte SD, etc.).

Pour le scénario du streaming (deezer par exemple), je pense qu’il faut prendre en compte l’usage. Un être humain normalement constitué aura toujours envie de posséder ses morceaux favoris off-line (avion, TGV, vacances ou déplacements professionnels, etc.).

Le scénario le plus probable est donc que l’on écoute de plus en plus de musique “jetable” en streaming (dont l’empreinte est plus élevée qu’un téléchargement) et que l’on conserve ses morceaux favoris sur une mémoire flash amovible (carte SD, clé USB, etc.).

admin le 05/11/2009

A noter que la lecture d’un CD est beaucoup plus couteuse en energie que la lecture d’un fichier sur disque dur, ou encore mieux, sur memoire flash

Cependant, dans le monde reel, si un lecteur mp3 basique n’aura qu’une très faible consommation, qu’en est t’il d’un iPod (un des baladeur les plus rependus aujourd’hui) fasse a un bon vieux discman…

Poussons encore un peu plus loin… Que fait on aujourd’hui quand on achete un CD ? On le charge sur le disque de notre ordinateur pour le lire sur notre lecteur mp3 ou notre iPhone…

Donc une lecture laser moins frequente mais un support flash et/ou disque dur tres frequente même pour les achats CD

Alexandre (non vérifié) le 05/11/2009

En complément, les cd/dvd ne sont pas des déchets DEEE, leur recyclage pose question. Voir l’article du 16/07/09 à ce sujet ici : http://www.greenit.fr/article/materiel/recyclage/coldisk-collecte-et-rec…

Jean-Philippe Mildé le 05/11/2009

Très bon article !

Si on part du principe du cycle de vie, donc de l’éco conception, le support cd devrait être comparé au support qui permet de télécharger et de garder cette musique…
les serveurs, les ordinateurs etc…

Cette étude est effectivement inégale et illogique… j’ai l’impression que tout le monde veut absolument de la dématérialisation mais avons nous suffisamment de recul? et ne sommes nous pas influencé par le côté pratique et ludique de la chose?

L'éco blog julien (non vérifié) le 06/11/2009

@Julien :

Il ne faut pas oublier qu’un MP3 est stocké sur la même machine et lisible directement par celle-ci.

A l’inverse un CD en plus du support de stockage nécessite un matériel supplémentaire pour être lu ! à comparer à l’impact d’un MP3 dont un Disque dur peut en stocker des milliers (donc ramener l’ACV au MP3 unique sur une moyenne du nombre de MP3 stockés sur le même support) et le support CD qui nécessite toute un matériel Hi-fi pour être exploité, sachant qu’un CD n’a pas la capacité de stockage d’un DD !

Je ne pense pas que la fabrication et le cycle de vie d’un matériel Hi-FI CD soit meilleur que celui d’un baladeur MP3, et la durée de vie n’est pas beaucoup plus longue étant donné que les support CD auront tendances a changer de format (CD - CD gravé - DVD - Blue ray….)

Marc BOITEL (non vérifié) le 06/11/2009

Pour ma part, je ne trouve pas l’étude centrée sur l’acte d’achat soit complètement absurde. En effet, dans les pays développés, on peut considérer qu’un grand nombre de ménages possède (ou possédera) de toute façon un ordinateur à domicile, que ce soit pour écouter de la musique ou non. Ainsi, qu’est-ce qui est le plus polluant : utiliser seulement un ordinateur et un baladeur mp3 ou utiliser un ordinateur, une chaine hifi, un baladeur CD et des centaines de CD ?
J’ai l’intuition que le fait d’utiliser un seul appareil multifonction est moins polluant que d’utiliser plusieurs appareils à fonctions uniques. La dématérialisation doit pour moi être pris dans son ensemble. Si un ordinateur portable permet de se passer d’un ordinateur portable, d’un ordinateur fixe, d’une chaîne hifi, d’une télévision, d’un lecteur DVD, de CDs et DVDs, de livres et autres feuilles de papier…, alors je pense que oui, la dématérialisation peut avoir un réel impact positif sur l’environnement.

Une étude plus intéressante serait donc de faire une analyse environnementale du cycle de vie de l’ensemble des biens digitaux d’un ménage en fonction de l’usage qui en est fait (sans oublier le cycle de vie des équipements externes liés à l’usage d’Internet).

Jean-René FAVRE (non vérifié) le 06/11/2009

@Jean-René : remarques pertinentes. Je note cependant que la tendance est plutôt à la multiplication des matériels électroniques (cadre photo numérique, téléphone sans fil, téléphone portable, répondeur, APN, chaîne hifi, box, PC portable, écran plat pour le PC portable (parfois), télévision, baladeur MP3, disque dur externe pour la sauvegarde, clés USB et autres cartes mémoire, etc.). Sans compter que le PC du foyer est devenu un PC portable par personne. Et chacun possède son baladeur MP3, etc.

Nous continuons à dupliquer le contenu numérique sur de multiples supports, à la fois parce que je ne souhaite pas emmener ma chaîne hi-fi dans le TGV, et parce que je souhaite aussi m’assurer que mes morceaux de musique ne disparaitront pas dans un crash disque. Je n’ose pas imaginer la galère pour pouvoir à nouveau télécharger des centaines de morceaux de musique déjà payés en ligne sur plusieurs plates-formes de téléchargement possédant chacune différentes versions de DRM

Cette musique est sur mon PC portable, sur un disque dur pour sauvegarde, sur mon baladeur MP3 pour mes déplacements, parfois gravée pour alimenter ma chaîne hifi, et en ligne sur mon compte deezer.

Il y a peine 20 ans, à l’ère de la musique matérielle, on possédait un walkman, des cassettes, des disques, une chaine hifi, une télévision, un PC de bureau, etc. Je ne vois pas ce qui a changé avec la dématérialisation du support, mis à part la multiplication du matériel numérique.

J’abonde donc dans votre sens. Une étude plus sérieuse serait vraiment intéressante.

admin le 06/11/2009

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