Grenelle et reporting carbone : une approche franco-française …

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L’Union Européenne s’est engagée à réduire de 20% ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) et à passer à 20% la part des énergies renouvelables d’ici à 2020. Pour atteindre cet objectif, la France va imposer un « bilan carbone » aux entreprises et collectivités. Le dispositif est précisé dans le décret d’application de l’article 75 du Grenelle de l’environnement.

Malgré une volonté affirmée de s’inspirer fortement des standards internationaux tels que la norme ISO 14064-1 et le GHG Protocol, le dispositif « décret + guide méthodologique » comprend à ce stade quelques spécificités bien « franco-françaises ». Destinées à limiter le poids des contraintes sur les entreprises, ces particularités éloignent de plus en plus ce projet des méthodologies reconnues, y compris du Bilan Carbone de l’Ademe.

Ainsi :
•    Le périmètre est défini selon une vision administrative (celle de la personne morale) plutôt qu’une vision opérationnelle (celle du groupe). De fait, cette approche exclut du périmètre toutes les filiales situées à l’étranger, encourageant ainsi la « délocalisation » des émissions de GES.
•    Les émissions directes sont limitées aux « sources présentes sur le territoire national ». Cela revient à exclure les émissions du transport une fois passée la frontière, ce qui n’a bien sûr aucun sens, puisque le lieu où se produisent les émissions est neutre par rapport à l’impact sur le climat.
•    La loi exige un inventaire tous les trois ans et non pas un bilan annuel. Cela amène la question de la mesure de l’atteinte d’objectifs de réduction.
•    L’omission de la question de l’assurance qualité des données et de la vérification par une tierce-partie, très présents dans l’ISO comme dans le GHG Protocol, constitue le maillon faible de la gouvernance du processus.
•    La disparition totale du scope 3 (émissions indirectes) du périmètre va à l’encontre des initiatives en cours du GHG Protocol et du CDP, qui encouragent très fortement sa prise en compte.

Applicable dès 2011, la loi concerne les entreprises de plus de 500 salariés. Le seuil de 5000 salariés, présent dans la version précédente du décret pour la prise en compte du scope 3 dans le périmètre, a maintenant disparu.

Intégration du scope 3 : et si la progressivité était la solution ?

Si prendre en compte le scope 3 permet d’identifier d’importants leviers de réduction, cela peut engendrer malgré tout de multiples difficultés opérationnelles, lorsqu’il s’agit de mesurer les émissions d’une supply chain (achats, transports) à l’échelle de l’entreprise et non plus du site. Par exemple, l’évaluation du contenu carbone des matériels informatiques (PC, serveurs, imprimantes, équipements réseau, …) - pour lequel un guide sectoriel est en cours de réalisation par l’Ademe avec le concours de GreenIT.fr – est une opération complexe et délicate en l’absence de bases de données d’ACV généralisées.

Aussi, vouloir tout intégrer, dès à présent et pour toutes les entreprises, n’était pas forcément la meilleure façon de faire progresser l’état de l’art et la maturité des organisations sur ce sujet d’ampleur gigantesque. Néanmoins, certains domaines du scope 3 tels que les déplacements professionnels ou les trajets domicile-travail pouvaient être pris en compte immédiatemment.

Aussi, il aurait été judicieux d’introduire dans cette loi une progressivité de prise en compte du scope 3, de façon à inciter les entreprises à entrer dans une dynamique positive d’amélioration dans la mesure et la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. On ne peut donc que regretter vivement que le texte actuel du projet de décret aille en sens inverse de cette approche, en ne faisant plus aucune allusion à l’existence d’émissions indirectes !

L’apport de l’IT for Green

La contribution de l’IT for Green pour accompagner cette démarche, via les logiciels de management de l’énergie et du carbone (CEMS), est un apport essentiel. Cela pourrait même devenir une nécessité pour les entreprises possédant de très nombreuses sources d’émissions (bâtiments, véhicules, déplacements, transports, …), et qui souhaitent intégrer dans le périmètre une part importante d’émissions indirectes.

  

Sources :
http://www.greenadvisor.fr/actu/32-grenelle-et-le-reporting-carbone—une-methodologie-franco-francaise-….php

http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/05/11/exclusivite-journal-de-l-environnement-le-projet-de-decret-s.html#more


Commentaires

A force d’envoyer des signaux qui indiquent clairement que le développement durable n’est pas une priorité, le gouvernement va finir par totalement démotiver les entreprises qui n’agiront plus que sous la contrainte.

La disparition du scope 3 est une hérésie pour une économie dominée par le secteur tertiaire. Au delà des bâtiments et des déplacements, les principales émissions d’une entreprise du tertiaire sont dans le scope 3.

En l’état, l’article 75 revient à faire l’autruche en n’identifiant pas les principales zones de progrès. Bref, comme pour les énergies renouvelables (EnR) nous allons, encore une fois, nous retrouver en retard par rapport au reste du monde.

C’est pathétique.

admin le 23/05/2011

Bonjour,

progressivité sur le scope 3, le cas des trajets domicile-travail des collaborateurs ?

A ce sujet, Bertrand Pancher a déposé une question écrite à Madame la Ministre. Vous pouvez la consulter sur le site de l’Assemblée Nationale:

http://recherche2.assemblee-nationale.fr/resultats_tribun-utf8.jsp
(cliquer dans « question » puis saisir N° question : « 108414 »)

Bertrand Pancher demande quels sont “ le nombre exact et les noms des organismes consultés par le ministère sur le projet de décret […] qui se seraient opposés à prendre en compte les émissions de CO2 des trajets domicile-travail des collaborateurs ? »

Vous pouvez activer la fonction d’alerte pour être prévenu de la réponse qui sera apportée.

Cordialement,
Frédéric Bisson

frédéric Bisson (non vérifié) le 23/05/2011

@Frédéric Bisson : merci pour cette précision importante.

admin le 23/05/2011

Il est dommage que la question posée par Bertrand Pancher n’ait pas été étendue aux déplacements professionnels, qui constituent la majeure partie des émissions des entreprises de service et de conseil. Dans un document publié récemment par l’EpE (Entreprises pour l’Environnement) intitulé “Mesurer et piloter ses émissions de gaz à effet de serre”, on constate que 75% des entreprises membres de cette association (les très grandes entreprises) intègrent déjà partiellement le scope 3. On lit également dans ce document que 95% d’entre elles intègrent dans la mesure de leurs émissions de GES la totalité de leurs émissions, y compris celles liées à des activités à l’international. Il est donc d’autant plus regrettable et surprenant que le périmètre d’application du décret se limite aux activités basées sur le territoire national.

Christiane le 23/05/2011

Jusqu’à aujourd’hui l’aspect “entreprise” a été très souvent traité pour le sujet de l’IT for Green, il ne faut pas oublier que les collectivités ont également un besoin essentiel de ces solutions, d’une part pour leurs engagements règlementaires pour les Plan Climat Energie des collectivités/CA de plus de 50 000 habitants, et encore plus par leur forte volonté de développer leurs territoires durablement et donc de piloter leurs projets de territoire par des indicateurs environnementaux, l’indicateur carbone reste le plus important de tous à leurs yeux. A voir l’exemple de CarbonHub qui a été choisi pour intégrer une solution à Gennevilliers et la Mairie du 10eme. Les collectivités sont en amont du processus, les sortir du “panel commercial” c’est sortir les entreprises qui s’y trouvent…

Marc Boitel le 23/05/2011

Et que dire de l’utilisation par les clients des produits vendus (qui n’est d’ailleurs pas pris en compte dans le scope 3)? Avec un tel décret on ignorerait souvent les postes stratégiques. Cela équivaudrait à ce qu’un constructeur automobile par exemple ne se soucie pas de la consommation d’énergie des véhicules qu’il met sur le marché,et de leur utilisation ! Finalement ce sera au prestataire de réaliser une extraction “décret” au sein du bilan carbone global. Reste à être pédagogue vis-à-vis des décideurs pour expliquer que seule l’approche globale permet une analyse et une vision saine de l’avenir.

Rivier (non vérifié) le 24/05/2011

ouais, du bilan carbone mais pas trop!juste ce qui faut pour faire croire qu’on avance.comme la taxe carbone qu’on abandonne, le grenelle qu’on détricote.quand aura t-on des politiques à la hauteur des enjeux environementaux?

thibault77 (non vérifié) le 25/05/2011

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