SLI : un indicateur pour évaluer la durabilité des logiciels

generique - chiffre - pourcentage - vert

L’empreinte écologique des systèmes d’information est directement liée à la fabrication et la fin de vie des équipements. Pour la réduire, il faut donc allonger au maximum la durée de vie active des équipements dans l’entreprise. Or, cette démarche dépend essentiellement des logiciels qui sont installés. En effet, entreprises et particuliers se séparent majoritairement de leurs ordinateurs et autres équipements informatiques pour deux raisons : parce qu’ils ne sont plus assez puissants pour exécuter les nouvelles versions de logiciels et / ou parce le matériel n’est plus garanti.

Si on se concentre sur la couche logicielle, les deux paramètres clés sont :
- la durée du support technique standard. Peu de responsables informatiques prendront le risque d’utiliser des logiciels qui ne sont plus supportés par l’éditeur. Ils seront donc contraints de migrer vers une nouvelle version.
- la puissance informatique nécessaire pour exécuter le logiciel. Si la puissance requise pour la nouvelle version du logiciel augmente trop vite, l’entreprise ou le particulier devra se séparer d’un matériel parfaitement fonctionnel. Les besoins en ressources (CPU, mémoire, espace disque) des logiciels accélèrent donc le renouvellement prématuré de l’ordinateur.

D’où l’idée d’utiliser un indicateur standard et basé sur des données objectives pour évaluer la durabilité d’un logiciel.

Pour forger cet indicateur, on peut se baser sur la « loi » suivante :
- plus la durée du support technique est longue,
- moins le logiciel nécessite de ressources (mémoire vive, espace disque, cycles processeur),
plus il sera alors possible d’utiliser longtemps le logiciel sur un même matériel.

Je vous propose donc un « indicateur de durabilité logicielle », qu’on traduira par Software Longevity Index (SLI) en anglais. Cet indicateur est calculé ainsi :

SLI = [[Pn / Ln] / [Pn-1 / Ln-1]] / D

avec

P : Puissance nécessaire : [ Fréquence (MHz) * Mémoire vive (Mo) * Espace disque (Mo) ] / 1024
L : durée du support standard
D : nombre d’années entre date de sortie des versions n et n-1

Plus le SLI est petit et plus la longévité potentielle du logiciel est grande. Mais, c’est surtout l’évolution de ce ratio, d’une version de logiciel à l’autre, qui nous intéresse. Cette évolution mesure en effet les progrès réalisés par l’éditeur soit par l’allongement de la durée du support technique standard, soit par la diminution des besoins en ressources, soit grâce aux deux.

Le SLI peut donc être calculé avant un renouvellement de logiciel et / ou de matériel pour déterminer l’intérêt ou pas d’une migration vers une nouvelle version. Les éditeurs et les fabricants peuvent vous fournir, avant l’achat, la durée de vie de leurs produits.

Pour le système d’exploitation de Windows, le SLI est le suivant :

greenitfr-indicateur-SoftwareLongevityIndex.png

Que nous apprennent ces chiffres ? Malgré l’allongement de la durée du support technique standard entre Windows 98 SE et Windows 2000, les besoins en ressources de Windows 2000 (x36 entre les deux versions) ont dégradé la durabilité de Windows 2000 par rapport à Windows 98 (x28). En revanche, la progression plus raisonnable des besoins en ressources entre Windows 2000 et Windows XP (x3) et l’allongement significative de la durée du support technique standard (39% de temps en plus) ont permis d’améliorer significativement la performance de l’éditeur puisque l’indice ne progresse que de x2. En tant que décideur informatique, un SLI de 16 (élevé) me pousserait à attendre la prochaine version. La migration la plus raisonnable était donc de passer de Windows 98 SE à Windows XP.

Le passage à Windows Vista (x267 pour les besoins en performances) et le raccourcissement de la durée de support technique standard (29 % moins long que pour la version précédente) dégradent très fortement la performance de l’éditeur. Comme entre Windows 2000 et Windows XP, Microsoft progresse à nouveau avec Windows 7. En tant que décideur informatique, un SLI de 75 (très élevé) me pousserait à attendre la prochaine version. La migration la plus raisonnable s’effectue entre Windows XP et Windows 7.

La pertinence du SLI se vérifie avec Windows. Mais il faudrait appliquer ces calculs à d’autres logiciels (système d’exploitation, suite bureautique, etc.) pour vérifier leur pertinence. Si elle se vérifie, nous disposons désormais d’un indicateur prédictif qui peut nous alerter sur la durabilité (ou pas) d’une nouvelle version de logiciel.

Le SLI n’est pas seulement intéressant pour évaluer la performance d’un éditeur, à posteriori, d’une version à l’autre d’un même logiciel. Il permet aussi de benchmarker plusieurs logiciels entre eux. Par exemple Windows, Linux et Mac OS X. Cette étude comparative devrait être riche en enseignements. Qui peut nous aider dans cette tâche ?

Le SLI peut être facilement étendu au matériel. Appelons-le Equipement Longevity Index (ELI). Il suffit d’appliquer le même calcul en ne prenant pas en compte la durée qui sépare deux nouvelles versions de matériel. On peut aussi l’adapter en fonction de la typologie du matériel. Par exemple, pour une station PAO, la prise en compte de la puissance de la carte graphique pourrait être un élément important.

Au final en associant les SLI et ELI fournis par le fabricant du matériel et du logiciel, on a une idée assez juste de la durabilité probable d’un poste de travail complet (matériel et système d’exploitation) avant son achat.

Votre avis sur cet indicateur nous intéresse.


Commentaires

Bonjour

Merci pour l’initiative, ca va effectivement dans le bon sens.

Une petite question toutefois : si je calcule le SLI entre Windows 98 SE et Windows XP j’obtiens 19,65 =((56250/7,2)/(456/3,9))/(1,7+1,7) qui est plus grand que le 16 permettant de passer de 98 à 2000… donc est-ce que c’est bien le bon choix que de sauter 2000 pour passer directement à XP ?

De plus si j’ai bien compris l’enjeu, l’idée est de savoir si je vais avoir besoin ou non de renouveler mon matériel si je passe à la nouvelle version de mon logiciel… hors on ne prends pas en compte les capacités de mon matériel.
Typiquement avec les données suivantes :
n-1 : P=50; L=5
n : P=600; L=4 et D=1,7
On obtient un SLI de 8,82 ce qui me parait conséquent en comparaison des SLI entre les versions de Windows 98 et 2000.
Pour autant, la nouvelle puissance appelée est de 600, donc est-ce que j’ai besoin de changer mon matériel pour adopter cette nouvelle version ?

Quoi qu’il en soit je suis partant pour participer à cette étude si vous avez besoin de petites mains.

Aurélien

Aurélien Probst (non vérifié) le 14/02/2012

Comment faisons nous pour savoir le nombres d’année de support? Est ce que c est un engagement des éditeurs à la sortie du logiciel?

Une autre façon de protéger le matériel est de moins “tirer” sur la machine. Par exemple en appliquant les bons modes énergétiques en fonction des besoins de la machine
À+ !

Norbert (non vérifié) le 15/02/2012

Quelle est la source des données permettant les calculs de puissance des systèmes Windows dans le tableau ? Est-il possible d’avoir le détail car pour comparer, il faut savoir ce qu’on compare… :o)

Ensuite il faut peut être différencier les conf minimales nécessaires recommandées pour le poste de travail et pour le serveur (i.e. sans desktop management).

Ainsi, pour Ubuntu, en se référant à la documentation on aurait :
* PC : P = (1000*512*5000)/1024 = 2 500 000
* Serveur : P = (1000*256*1000)/1024 = 250 000

Ces valeurs sont extrêmement basses, pour ma part je ne préconiserais jamais moins d’1Go de RAM sur un Desktop ou portable, soit un puissance calculée de 5 000 000.

Mais quand je vois que pour XP, la puissance calculée est à 56 250, je me pose sérieusement des questions sur “l’utilisabilité” réelle du poste en question !… :o))) (cf. la question du début) On a certes l’habitude d’attendre devant son PC/Windows (de plus en plus à mesure qu’il encrasse sa base de registres, ses disques, sa RAM de tâches inutiles, …), mais il y a sans doute une limite ! :o)))

Par ailleurs, les durées de supports sont variables selon que la version est caractérisée LTS, pour Long Term Support, avec trois ans sur une station de travail et cinq ans sur un serveur, et encore sans avoir recours au support payant de Canonical Ltd.
Les LTS sortent tous les deux ans, la dernière date d’avril 2010, i.e. la version 10.04 aka Lucid Lynx, la prochaine 12.04 aka Precise Pangolin sera release en avril prochain.

Les autres versions, qui sortent tous les 6 mois (en avril et en octobre, soit AA.04 et AA.10), ont un support standard de 18 mois.

Dans un cadre professionnel, il est bien entendu recommandé de s’en tenir aux versions LTS.

Depuis la dernière LTS (10.04), les configurations minimales recommandées n’ont pas changé (cf. ici). Mais il est relativement notoire que les versions antérieures étaient globalement un peu moins “gourmandes”. Ça fluctuent…, il faudrait regarder sur des benches entre versions pour être plus précis (à défaut d’exhaustif).

En d’autres termes, entre deux LTS on aurait un SLI assez proche de 1…

i.d & l (non vérifié) le 15/02/2012

@”i.d & l” : La puissance évaluée pour WinXP pro est bien celle fournie par l’éditeur (http://support.microsoft.com/kb/314865). Nous savons que ces configurations ne sont pas réalistes, c’est d’autant plus vrai après mise à jour avec SP3. L’utilisabilité ne doit pas être prise en compte puisqu’elle n’est pas objective. Elle change d’un utilisateur à l’autre. Un utilisateur peu vouloir travailler avec toujours un seul programme à la fois, d’autres utilisateurs laissent tous les programmes ouverts en même temps.

L’éditeur a intérêt à donner la configuration la plus minimale possible pour laquelle son système fonctionne.

* L’éditeur qui donnera des configurations minimales erronées à la hausse se retrouve perdant par rapport à ses concurrents (si concurrent il y a).

* Un éditeur qui donne des configurations minimales trop basses risque la poursuite de la part des consommateurs suite à un/des recours collectifs.

Cela nous donne alors les besoins exacts du système, rendant l’indice SLI de M. Bordage vraiment utile.

Emmanuel (non vérifié) le 20/02/2012

@Emmanuel : je suis bien conscient de cette situation (que les éditeurs sous-estiment la configuration minimale requise)…

Mais ce sont les seuls chiffres publics donc non discutables sur lesquels on peut s’appuyer.

Comme c’est une pratique généralisée, je ne pense pas que cela soit un problème majeur.

admin le 20/02/2012

Merci pour ces précisions, @Emmanuel et @admin.

Je suis d’accord qu’il faut bien s’appuyer sur quelque chose, et cette “configuration minimal”, si elle est assez peu utilisable (euphémisme), peut servir de base de comparaison (même s’il pourrait être intéressant de trouver quelque chose de plus… réaliste).
Quant à affirmer qu’étant “les seuls chiffres publics donc non discutables”… je n’y crois pas une seconde, mais la polémique n’apportera(it) pas grand chose à la cause. ;o)

Pour revenir à nos moutons, le calcul de la puissance du poste XP avec les données de MS à l’URL indiquée ne donne pas 56 250, mais 21 844.

P : [ Fréquence (MHz) * Mémoire vive (Mo) * Espace disque (Mo) ] / 1024
Donc :
P = (233*64*1500)/1024 = 21 844

Mais si on choisit la configuration “recommandée”, on arrive bien à (300*128*1500)/1024 = 56 250.

Pour Ubuntu dans sa dernière version (et les précédentes, d’ailleurs), en creusant un peu, si la puissance du proc reste à 1GHz, on trouve ici qu’on peut se contenter de 2Go de DD, soit P = (1000*512*2000)/1024 = 1 000 000.
Avec un Pmin à 125 000 (64Mo de RAM).

@Emmanuel : “L’éditeur qui donnera des configurations minimales erronées à la hausse se retrouve perdant par rapport à ses concurrents (si concurrent il y a).”

C’est pas faux, mais n’est-ce pas un peu spécifique aux distributions commerciales ?

Ce qui est certain c’est que l’utilisateur “lambda” n’y connaissant rien, question business il faut “l’inciter” à remplacer assez rapidement son matériel (plutôt que gonfler la RAM, par exemple). Or un système correctement dimensionné à la base sera plus longtemps supportable qu’un “juste aux entournures”… Et tout le monde sera gagnant : côté matériel, du fondeur à l’assembleur et la ribambelle d’intermédiaires, et côté MS qui vendra à chaque fois une licence ! (car vous aurez remarqué que vous rachetez la licence à chaque achat de PC, c’est pourtant pas périssable ces choses-là…).

Tout le monde gagnant ?… Vraiment ?!

i.d & l (non vérifié) le 20/02/2012

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.