Les TIC au secours du covoiturage

L’Association Information et Management (AIM) a organisé cette année son 15ième colloque sur la thématique : « Systèmes
d’Information et Développement Durable : regards croisés et contributions ». GreenIT.fr était présent et vous présentera une vingtaine des nombreux travaux de recherche exposés. Thème du jour : TIC et outils de covoiturage.

C’est sur l’hypothèse qu’un voyageur mieux informé est plus susceptible d’abandonner l’autosolisme (usage individuel d’un véhicule) pour l’usage partagé d’un véhicule que se sont développées des recherches sur le concept de SIM : Système d’Information Multimodale. Grâce aux TIC, le développement du covoiturage dynamique, permettrait en temps réel le rapprochement entre des automobilistes et des passagers. C’est l’objet de cette recherche-action, répondant au nom de « MITRA » (Multimodality and Interoperability for sustainable TRAnsport in commuting situation). Elle s’est déroulée de début 2008 à fin 2009. Elle est soutenue par l’ADEME et par le Conseil Régional de Provence-Alpes- Côte d’Azur et s’inscrit dans le programme de recherche de la Chaire TIC et Développement Durable de l’Institut Telecom.

MITRA découpe le scénario d’utilisation d’un outil de covoiturage en deux parties :

Une phase sédentaire
•Le voyageur renseigne sur le SIM son profil, préférences,horaires et trajets habituels
•Les horaires, trajets, délais, disponibilités théoriques sont fournis au SIM par les AOT et les exploitants
•Le SIM collecte les données et centralise les demandes

Une phase nomade
•Le voyageur se connecte au SIM, est localisé, reçoit des alternatives de transport sur son mobile
•Les véhicules sont localisés, leurs trajets, délais et disponibilités sont mis à jour
•Le SIM calcule et diffuse les alternatives

Les différents terminaux de connexions possibles ont été étudiés :

Les clients fixes :
Ce seraient des ordinateurs connectés au SIM par internet via une interface Web ou des bornes interactives situées à des emplacements clé. Ce choix simplifie la faisabilité technique et permet l’utilisation du système par des voyageurs inconnus par le système. En revanche cette solution peut-être très coûteuse et ne correspond pas aux pratiques observées.

Les téléphones GSM :
Cette solution est facile à mettre en œuvre et repose sur des technologies largement éprouvées et utilisées. Le risque est les pics d’utilisation très concentrés demandant une gestion de la qualité de service des appels. Une solution serait d’utiliser un service d’appel vocal gratuit basé sur l’envoi de SMS. La principale lacune de cette solution est que la géolocalisation GSM n’est précise qu’à une dizaine de mètres près. Cette granularité à la rue n’est pas toujours suffisante.

Les objets
communicants avancés : Un « boîtier » dédié, idéalement type Smartphone , se connecterait à une version mobile de son site internet ou bien utiliserait une application spécifique et préalablement installée. Cela permettrait d’être automatiquement géolocalisé, de proposer des alternatives de déplacement , des cartographies des trajets et / ou des plans d’accès. En revanche ce terminal n’est pas encore largement diffusé.

Des aspects techniques annexes ne doivent pas être négligés :
Le système de paiement. Un système gérant mensuellement les transactions entre les conducteurs et les voiturés est une fonctionnalité importante dans l’acceptation du principe.

La sécurité des données. Elle doit être fiable et faire l’objet d’une déclaration à la CNIL : elle protégera le profil des utilisateurs et l’historique éventuel de la géolocalisation des modes de transport et des usagers.

Le calculateur, autre outil crucial, il devra calculer pour un horaire et un trajet donné, quelles sont les possibilités de mobilité offertes en prenant en compte l’état réel du réseau : cela peut s’avérer complexe vu le nombre de sources et formats des informations à prendre en compte. L’envoi de ces données représente également un coût de télécom important.

D’autres facteurs sont des leviers de réussite pour ce projet dont l’acceptation par de nombreux acteurs de faire évoluer leur processus. Exemple : les Transports en Commun (TC) dont les bus sont déjà géolocalisés et suivent des trajets connus d’avance ont des temps de parcours en partie prédictibles. Par contre la collecte d’informations de leur trajet en quasi temps réel n’existe pas encore de manière fiable et consolidée. Cette donnée est primordiale pour la fiabilité du calcul de trajet optimal. Autre exemple d’acteur : la voirie et les aménagements urbains. Il faudra déterminer avec eux des zones de covoiturage sûres et accessibles.

En conclusion cette recherche-action en intégrant un nombre important d’acteurs : entreprises, opérateurs de transports, spécialiste en éco-mobilité, instituions, utilisateurs,… a permis de soulever les freins humains et organisationnels possibles.

Librement interprété avec accord de l’article : « Système d’Information Multimodale pour une mobilité durable : réseaux socio-techniques, scenarii d’usages et gouvernance de projet » de Laura Draetta, Valérie Fernandez et Marc Relieu.


Commentaires

Parmi tous ces aspects innovants et tournés vers le futur (même s’il s’agit d’un futur proche), le système de paiement mensuel me semble à contre courant, pas à sa place. Peut-être serait-il pertinent de penser à des modes de paiement alternatifs moins directs, moins engageants pour les utilisateurs ? Je pense évidemment à la diffusion de publicité (audio ou vidéo selon le terminal), mais il y a beaucoup d’autres solutions qui éviteraient la démarche de laisser une fois de plus ses coordonnées bancaires à un système dont les aspects techniques échappent à la plupart des utilisateurs. A part ce point, tout le reste semble effectivement prometteur, j’ai hâte de voir l’évolution de ce type de projet !

Covoiturage (non vérifié) le 28/07/2010

C’est une bonne idée.
Cependant, cela me semble un peu compliqué.
Le conducteur peut être pressé, ne pas avoir envie de s’arrêter toutes les dix minutes pour prendre un passager sur son passage, le contacter pour lui donner un point de rdv précis.. En effet, à partir du moment où le conducteur est dans sa voiture, il a juste envie de rentrer chez lui !

Caroline (non vérifié) le 29/07/2010

@Caroline : +1, sauf que si le trajet est un peu long, pourquoi ne pas prendre un co-voitureur en cours de route ? C’est ce qu’on appelle le “stop” non ?

admin le 30/07/2010

La difficulté la plus importante dans l’acceptation du modèle n’est pas au niveau utilisateur car comme toujours grâce à quelques leaders, il peut très vite décoller. Mais c’est bien l’acceptation par les parties prenantes : transports en communs, voiries, État qui posera sûrement le plus de difficultés.

Frédérique Lefranc (non vérifié) le 10/08/2010

Poster un nouveau commentaire

Le contenu de ce champ ne sera pas montré publiquement.