Data center : pénurie d'énergie en Ile-de-France !

Etix Datacenter - Antoine Boniface - Directeur Général

Tribune d’Antoine Boniface, Directeur Général d’Etix DataCenter

Au fil des ans et des technologies, les Datacenters sont devenus des bâtiments très énergivores. Il n’est plus rare de voir se développer des projets consommant jusqu’à 30 mégawatts d’énergie électrique, soit l’équivalent d’un trentième d’une tranche nucléaire ou encore d’une ville de 20 000 habitants… Dès le dépôt de leur permis de construire, les hébergeurs réservent auprès d’ERDF des quantités d’énergie souvent bien supérieures à leurs besoins. En effet, une partie de cette énergie ne sera jamais consommée mais est nécessaire pour assurer la redondance de l’alimentation du site et pour en assurer le développement sur le long terme. L’énergie réservée auprès d’ERDF ne pouvant plus être vendue à d’autres hébergeurs, bien évidemment. Dans certaines zones d’Ile-de-France, nous sommes ainsi dans une situation de saturation « virtuelle » du réseau électrique. L’énergie est ainsi devenue « le nerf de la guerre » pour tous les acteurs de ce marché, en croissance de 25 % par an rappelons-le, il est donc important de réagir.

La taille des projets de Datacenters a aussi sensiblement évolué. Il y a quelques années, les centres de données permettaient de fournir environ 1 000 m2 de salles informatiques. Ils se déploient aujourd’hui sur près de 10 000 m2, d’où un besoin de puissance électrique en forte croissance. De plus, afin d’anticiper les futurs besoins de leurs clients, les hébergeurs ont pris l’habitude (bonne ou mauvaise) de réserver plus d’énergie qu’il n’en faut. Ainsi, malgré le rapport qualité/prix exceptionnel du réseau électrique français, cet enchainement d’événements conduit à une pénurie d’énergie « disponible » face à laquelle il est important d’agir.

Outre le sujet cité précédemment à propos du mode de réservation électrique, l’un des principaux leviers pour régler la pénurie énergétique est l’amélioration directe du rendement des Datacenters. Pour cela, les quatre axes de développement que nous avons identifié sont les suivants :
- la conception du projet,
- ses équipements techniques,
- le taux d’utilisation des ressources système,
- et l’implication de l’utilisateur final.

Dès les premières esquisses, l’architecte commence à définir la forme du bâtiment, compacité, orientation, surface et positionnement des salles informatiques et des locaux techniques. Cette étape de conception a un impact primordial sur le résultat final de l’opération. En effet, les choix faits à ce stade conditionneront l’aptitude bioclimatique du bâtiment. Il est donc important que, dès cette phase, des échanges aient lieu entre le maître d’ouvrage, l’architecte et les bureaux d’études. Et ce, dans le but d’associer efficacement qualité architecturale, performance énergétique, logique économique et respect du programme de l’opération.

Le choix des équipements techniques influence aussi grandement le rendement énergétique global d’un centre informatique. Agir sur la réduction de la consommation directe des ressources IT présente en effet un double intérêt : réduire les consommations électriques des salles informatiques et réduire les consommations associées de climatisation. Il est indispensable d’investir dans des équipements techniques de dernière génération. Ces équipements, ne nécessitant pas forcément de sur-investissement, ont l’avantage de fournir un haut rendement énergétique tout en assurant une sécurité de fonctionnement optimale. Cela passe par le choix d’onduleurs performants ou encore plus directement par l’utilisation de serveurs appropriés. Par exemple, il est important d’imposer aux clients de Datacenters un cahier des charges les obligeant à utiliser des cold corridors et les interdisant de disposer de plus de 10% de serveurs informatiques âgés de plus de 5 ans.

Il est également primordial de définir dès le début du projet les besoins du client et d’en dimensionner les équipements techniques en conséquence. Le sur-dimensionnement des installations est une des principales causes du manque d’efficacité de la plupart des Datacenters. La définition des besoins du client passe aussi par le niveau de sécurité et de disponibilité des données qu’il faut adapter en fonction du type de données stockées. Par exemple, une architecture technique ultra redondée, et donc fortement consommatrice d’énergie, n’aura que peu d’intérêt face à un besoin de stockage d’archives pouvant se permettre une micro-panne par année.

Le taux d’utilisation moyen d’un Datacenter est estimé à 56 %*. Ainsi, pour améliorer son rendement énergétique, il est indispensable de mettre en place des solutions de consolidation et de virtualisation des serveurs et du stockage. Ces techniques qui permettent de faire fonctionner plusieurs systèmes virtuels sur un seul et même système physique peuvent réduire jusqu’à 80 % la facture énergétique des utilisateurs.

Enfin, il est également indispensable que les hébergeurs impliquent leurs clients dans leur démarche de développement durable. Pour cela, les hébergeurs doivent revoir les méthodes usuelles de facturation des consommations électriques en facturant à leurs clients leurs dépenses énergétiques réelles. Il est ainsi nécessaire de proposer aux utilisateurs un système de monitoring qui leur permet de connaître leurs consommations en temps réel et d’en optimiser les dépenses énergétiques en conséquence. Ils sont alors directement associés et gagnants dans la démarche vertueuse d’amélioration du rendement énergétique du Datacenter. Des logiciels de supervision leur sont ainsi proposés afin d’optimiser le nombre de serveurs en fonctionnement à chaque instant. En effet, on peut clairement comprendre qu’une banque éteigne une partie de ses serveurs de Trading au beau milieu de la nuit, même si ce n’est que très peu le cas pour le moment…

Chez Etix DataCenter, nous n’avons pas la prétention de pouvoir résoudre cette pénurie d’énergie, mais nous nous imposons l’ensemble des principes évoqués en vue de réduire la consommation électrique de nos clients, au profit d’une efficacité énergétique optimale de nos installations et d’une facture électrique réduite pour tous.

* http://www.scdam.com/index.php?option=com_content&view=article&id=16&Ite…


Commentaires

Privilégier la durée de vie d’un serveur est une bonne pratique : mettre une condition d’entrée sur une limitation à 10 % des serveurs de plus de 5 ans est une fausse bonne pratique.
Même si il est indéniable que les serveurs consomment beaucoup plus, construire un serveur à l’autre bout de la planète a des conséquences encore plus désastreuses !!

Thierry L (non vérifié) le 03/01/2012

@Thierry L : +1. La construction d’un serveur à l’autre bout de la planète a un bien plus gros impact environnemental. Problème : tant que l’utilisateur final ne paiera pas cet impact, il préfèrera renouveler plus souvent ses serveurs pour réduire leur coût d’utilisation.

admin le 03/01/2012

Bonjour

Je rejoins Thierry L et admin sur la limitation des serveurs de plus de 5 ans.

Je reviens sur la facturation réelle de l’énergie consommée par les outils IT. L’idée me parait bonne, mais ne serait-il pas envisageable, à l’instar de ce qui commence à se faire avec les bâtiments “passifs” (je pense au contrat de location du bâtiment GreenOffice à Meudon signé par Steria), d’imposer contractuellement au locataire/utilisateur une consommation maximum permettant l’efficience énergétique du bâtiment ?

Aurélien PROBST - ginkit

aurelien le 04/01/2012

Il serait peut être temps de se rendre compte qu’il n’y a pas que l’Ile de France dans notre pays et que les entreprises peuvent se développé ailleurs que dans la capitale. En développant des datacenters en province (erf, je déteste cette appellation) ça permettrait d’améliorer aussi le réseaux pour internet et ainsi limité les zones blanches et grises.

Eastchild (non vérifié) le 04/01/2012

@Eastchild : +1. C’est d’ailleurs ce que propose Etix data Center

admin le 05/01/2012

Bonjour Mr. Boniface,

J’aurais une question à poser. Est-ce que dans votre démarche vous avez pensé à utiliser des sources d’énergies renouvelables (panneau solaires, éoliennes, géothermie, etc.) ? si oui, est-ce qu’on peut se baser sur ces énergies pour faire fonctionner un datacenter ou bien on doit aussi se baser sur d’autres sources?

steluccio (non vérifié) le 06/01/2012

Dommage car aucune source sérieuse ne vient étayer l’article : “Dans certaines zones d’Ile-de-France, nous sommes ainsi dans une situation de saturation « virtuelle » du réseau électrique”, qu’est-ce qui permet officiellement de l’affirmer ? ERDF ? Des déclarations ? Des refus ?

Anonyme (non vérifié) le 08/01/2012

@Anonyme : comme il s’agit d’une tribune et non d’un article de l’équipe de GreenIT.fr, je laisse Mr Boniface vous répondre.

admin le 09/01/2012

@ Thierry L et admin : Je ne peux qu’adhérer à votre remarque commune, même si nous limitons toutefois cette imposition à seulement 10% des serveurs de nos clients. Les déménagements d’infrastructures étant rares, nos clients arrivent généralement avec de nouveaux équipements. Le même débat peut être lancé pour de nombreux sujets où l’innovation technologique a un impact de production sur l’environnement (je pense notamment aux panneaux photovoltaïques ou aux éoliennes produits à l’autre bout du monde…). Nous essayons de mettre en place avec nos clients les “meilleures pratiques” et sommes bien évidemment à l’écoute de vos suggestions.

@ aurelien : Dans les contrats de services habituels, chaque client dispose d’une puissance maximale qui lui est allouée. Il peut aller au delà mais l’hébergeur est en droit d’arrêter son infrastructure si sa consommation vient mettre le bâtiment en “sur-consommation” au péril des données des autres clients du Data Center. Pour maximiser l’efficience d’un bâtiment, les hébergeurs doivent flirter avec cette limite sans jamais l’atteindre… Depuis 2-3 ans, on constate notamment que la course à la puissance au mètre carré se calme afin de limiter les investissements initiaux, les coûts d’exploitation, la facture du client et l’impact sur l’environnement.

@ Eastchild : Nous avons justement fini de développer une offre de proximité dédiée aux régions de France. Votre commentaire tombe à pic, allez voir www.etixeverywhere.com.

@ steluccio : Les deux réponses sont bien évidemment oui et nous étudions quotidiennement le sujet. Compte tenu de la consommation d’un Data Center, y mettre des panneaux solaires privés, des éoliennes privées, etc… n’est pas la bonne solution selon nous. Les Data Centers sont des bâtiments bien trop énergivores pour ce type de solutions. D’autres approches sont bien plus adaptées. Je pense notamment à l’accord intervenu entre Equinix et EDF (http://www.greenit.fr/article/energie/equinix-passe-a-50-d-electricite-i…) afin de garantir aux client d’Equinix (que nous sommes) qu’au moins 50% de l’énergie qu’ils consomment est issue de sources renouvelables. La récupération de chaleur, comme l’a fait Natixis à Bailly-Romainvilliers, est également très efficace. L’utilisation de matériels innovants est aussi à mettre en oeuvre (groupes froids à technologie free-cooling, onduleurs à haut rendement…). Toutes ces “bonnes pratiques” sont étudiées à chaque développement d’un nouveau projet et nous privilégions clairement les solutions techniques simples et efficaces, le reste étant plus pour du marketing qu’autre chose…

@ Anonyme : C’est le constat d’une situation vécue au quotidien, mais il est important de préciser que cela n’est vrai que “dans certaines zones d’IDF”. Nous avons la chance de bénéficier du meilleur réseau électrique européen, toutefois, suite à la concentration de projets très énergivores, certains postes sources d’ERDF sont forcément arrivés à saturation. Pour y remédier, ERDF continue d’étendre son réseau en déployant de nouvelles infrastructures et cela nous impose donc de développer des Data Centers dans de nouvelles communes. Il s’agit donc un mal pour un bien. Après, il ne tient qu’à nous de faire comprendre à nos clients que certaines zones géographiques, en IDF, sont préférables que d’autres.

Antoine Boniface (non vérifié) le 10/01/2012

Merci pour l’effort de réponse mais le titre aguicheur “Data center : pénurie d’énergie en Ile-de-France ! ” est donc faux donc la prochaine fois merci d’avoir des sources ou des informations crédibles, sinon quel intérêt à part commercial ?

Anonyme (non vérifié) le 12/01/2012

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